Épisode 7 : Inauguration du P.O.N.I.V.E.P.S

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Archibald Primus adorait inaugurer.

Inaugurer, c’était gouverner sans conséquences. Une paire de ciseaux, un ruban, quelques drapeaux, et l’Histoire s’écrivait toute seule.

– Hubert, aujourd’hui, nous entrons dans la légende.

Le conseiller consulta son dossier avec cette lenteur prudente qu’il réservait aux jours dangereux.

– Aujourd’hui, Monsieur le Président… vous inaugurez le Pôle Officiel National et International Valdorésien d’Excellence Sportive.

— Exactement. Rien que le nom, Hubert… rien que le nom, j’en ai des frissons de fierté.

Le site avait été choisi pour ses qualités stratégiques : il était situé à quarante-huit kilomètres de la capitale, au milieu d’une zone autrefois agricole, désormais qualifiée de « corridor de potentiel ».
L’absence de ville alentour offrait un avantage décisif : personne ne viendrait s’y plaindre.

Des délégations sportives de pays partenaires arrivèrent dès l’aube.
Certaines en avion, d’autres en train à grande vitesse. Le problème n’était pas le train – il arrivait bien – mais la gare.

Ultra-moderne.
Flambant neuve.
Totalement isolée.

Les athlètes descendirent sur le quai, sacs sur l’épaule, regard interrogatif.

– Excusez-moi… demanda un entraîneur Transnidien… le centre sportif, c’est par où ?

Un silence.

Le quai ne donnait sur rien.
Pas de route.
Pas de bus.
Pas même un trottoir.

Hubert, déjà pâle, consulta son téléphone.

– Les navettes devaient être validées en commission mobilité… qui dépendait de la commission accessibilité… qui attendait l’étude de fréquentation… laquelle n’a pas pu être menée faute d’accès au site.

– Logique, trancha Archibald. Si l’on ne vient pas, on ne peut pas perturber l’environnement.

Il sourit.
Les caméras captèrent l’instant.

Un premier parking avait été construit près du centre.
Il était plein avant l’arrivée du Président.
Un second parking, décidé en urgence, avait été édifié plus loin.
Sans chemin piéton entre les deux.

Les sportifs marchèrent donc sur l’herbe, valises à roulettes s’enfonçant dans la terre encore fraîche.

– Ce terrain est… meuble, observa une athlète Bérurienne.

– C’est volontaire, répondit Archibald. Renforcement musculaire naturel.

– Prenons les véhicules de mon escorte, Hubert, ils n’auront qu’à nous suivre en courant. Ça renforcera l’image télévisuelle de voir arriver ma garde en footing.

– Très bon Monsieur le Président, félicita Hubert qui détestait le chef de la garde rapprochée.

Le Pôle d’Excellence était impressionnant.
Trois bâtiments principaux.
Une salle omnisports aux normes internationales.
Un centre d’entraînement spécialisé.
Un pavillon administratif vitré.

– Où sont les hébergements ? demanda un responsable de délégation.

Hubert avala sa salive.

– L’hébergement… est pensé dans une logique décentralisée.

– Décentralisée… où ?

– Partout ailleurs, répondit Archibald avec assurance. Cela favorise l’ouverture culturelle.

– Mais il n’y a rien autour.

– Justement. Le tourisme sportif devient un atout.

La salle principale fut visitée en grande pompe.
Parquet impeccable.
Gradins flambant neufs.
Éclairage de pointe.

– Le plafond est… bas, non ? fit remarquer un entraîneur de volley.

– C’est une salle polyvalente, expliqua Archibald. Certaines disciplines doivent s’adapter. C’est l’esprit du sport.

Dans les vestiaires, tout était parfait.
Sauf l’eau chaude.

– Une panne ? demanda quelqu’un.

– Non, répondit Hubert, accablé. Une anticipation. Sobriété énergétique.

– Mais il fait six degrés dehors.

– Le contraste thermique stimule la récupération, ajouta Archibald.

Personne n’osa répondre.

Un déjeuner officiel avait été prévu.
Sans cuisine sur site.

Des plateaux-repas furent livrés… avec une heure de retard.
Les camions s’étaient trompés d’accès.
L’accès n’existait pas encore.

– Hubert… murmura Archibald, agacé. Il faudrait penser à améliorer la signalétique.

– Le budget signalétique a été réaffecté à la communication internationale.

– Très bien. Les panneaux, c’est surfait.

La conférence de presse débuta.

– Monsieur le Président, demanda un journaliste étranger, comment expliquez-vous que ce centre ne soit relié ni à la ville, ni aux transports publics ?

Archibald sourit.
Le sourire des grandes visions.

– Nous avons voulu rompre avec les modèles du passé. L’excellence ne doit pas être facile d’accès. Elle se mérite.

– Et l’absence de gare fonctionnelle ?

– Elle est fonctionnelle. Elle fonctionne… indépendamment.

– Et le fait que les athlètes doivent louer des voitures ?

– Autonomie. Responsabilisation. Mobilité choisie.

– Qui est responsable de ces choix ?

Un silence.
Un silence administratif.

– La gouvernance est collective, répondit Archibald. Et donc parfaitement maîtrisée.

Hubert sentit une douleur familière lui traverser la tempe.

La visite se termina.
Les délégations repartirent, fatiguées, perplexes, silencieuses.

Le communiqué officiel fut publié dans la foulée :

« La Valdorésie confirme son ambition internationale avec un site d’avant-garde, conçu pour répondre aux enjeux sportifs de demain. Un projet audacieux, visionnaire, salué pour son originalité. »

Archibald rangea le document dans son classeur.

– Encore une réussite, Hubert.

– Oui, Monsieur le Président.

– Vous voyez, on critique toujours les grands projets au début.

Il se leva, déjà ailleurs.

– Quel est le prochain chantier ?

Hubert ferma les yeux une seconde.

Il savait.
Ce ne serait ni rationnel.
Ni utile.
Mais ce serait grand.

Et cela suffirait.

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