Épisode 6 : Les vœux du Président Archibald Primus

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– Hubert !!!!

Le conseiller du président, pourtant rompu aux accès de colère présidentiels, sentit immédiatement que cette fois-ci, on atteignait un niveau inédit.
Il accourut jusqu’au bureau d’Archibald Primus.

Le président était debout, tournant en rond, les mains crispées derrière le dos.
Très mauvais signe.

– Oui, Monsieur le Président ? tenta Hubert sur un ton qu’il voulait léger.

– Les vœux, Hubert !
Six ans que je répète exactement la même chose !
Six ans que je parle au même public !

Il s’arrêta net.

– Le plein emploi. La sécurité. L’écologie. La souveraineté continentale.

Il balaya l’air de la main.

– Personne n’écoute plus, Hubert.
On
regarde, voilà tout.

Les veines saillaient sur son cou. Son toupet avait glissé légèrement, accentuant son expression déjà tendue.

– Il n’y a pas de jeunes en Valdorésie ?
Pourquoi je ne m’adresse jamais à eux ?
Ce sont mes futurs électeurs, pas leurs grands-parents !!!

Le toupet glissa encore. L’incident capillaire n’était plus qu’une question de secondes.

Il fallait agir.
Alors Hubert commit l’irréparable.

Il ôta sa veste, remonta ses manches, noua sa cravate autour de sa tête et lança, dans un souffle de panique créative, un rap improvisé :

« Bonne année les Valdos
Plein de projets pour vous
Faites-moi confiance
Et vos comptes feront des bisous. »

Un silence.
Puis Archibald éclata de rire.

– Mais oui, Hubert !
C’est ça !
C’est exactement ça !

Il se rassit, soudain apaisé.

– Réécrivez-moi les vœux pour les jeunes.
Oubliez les promesses habituelles, je ne les tiendrai pas de toute façon.
Faites appel à un influenceur.
Quelqu’un qui parle leur langage.
Et trouvez-moi aussi un coach en posture.

– En posture… politique ? demanda Hubert.

– Non. En posture corporelle.
Je veux avoir l’air moderne.

Une semaine plus tard.

Il est 20 h quand Archibald Primus s’adresse au peuple de Valdorésie.

Le début est classique.
Voix grave. Regard fixe.
Quelques chiffres soigneusement choisis.
Des projets continentaux évoqués comme s’il en était l’architecte.
Des mesures écologiques annoncées avec gravité.

Puis la lumière change.

Elle devient plus chaude.
Un rythme de basse s’installe doucement.

Archibald marque une pause.

Hubert, hors champ, cesse de respirer.

Le président se lève.
Bouge les bras. Puis les épaules.
S’approche de la caméra.

– Non… murmure Hubert.

Archibald se met à parler sur un ton rappé.
Il ne récite plus un discours.
Il performe.

– Yo Valdorésie !
Nouvelle année, nouvelle énergie !
On lâche le vieux monde, on passe en mode futur,
Moi président, vous la team, même combat, même allure.

Le rythme s’installe.
Les lumières pulsent.

– J’vous parle vrai, j’vous parle cash,
Finis les mots tristes et les promesses en vrac.
Ce pays, c’est nous, c’est maintenant, c’est ici,
Si t’y crois très fort, c’est déjà une politique.

Le président lève les bras.
Il sourit.
Il transpire.

– Du flow pour la nation,
Du style en action,
Du like comme horizon,
Du buzz pour la cohésion !

Hubert, hors champ, devient livide.

– On n’a peut-être pas tout réglé,
Mais on a changé la vibe, regardez !
Moins de doutes, plus de lumière,
Moins de fond, plus de visionnaire !

Archibald se rapproche de la caméra.

– Les jeunes avec moi !
Le futur, c’est maintenant !
Je vous promets pas des lendemains clairs,
Mais un présent qui brille fort,
Très fort,
EN 4K !!!

Le président monte sur son bureau.
Son maquillage coule.
Son toupet vit ses dernières heures.

– JE VOUS PROMETS DU CHANGEMENT !
– JE VOUS PROMETS DE L’ÉMOTION !
– JE VOUS PROMETS UN FLOW DE ZINZIN !!!



Dans la régie, c’est la panique.
Puis, très vite, les écrans s’illuminent.

– Monsieur le Président… dit Hubert d’une voix blanche.
Les chiffres arrivent.

Archibald saute à terre.

– Alors ?

– Les réseaux explosent.
Record d’interactions chez les moins de vingt-cinq ans.
Les extraits tournent en boucle.

Archibald sourit.

– Vous voyez, Hubert.
Ce n’était pas ridicule.

Sur un écran, un bandeau défile déjà :

« Vœux présidentiels : une communication audacieuse qui divise, mais modernise l’image du pouvoir. »

Hubert comprit alors que quelque chose avait basculé.
On ne gouvernait plus un pays.
On
optimisait une image.

Et tant que ça marchait,
il n’y aurait plus jamais de retour en arrière.

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