L'absurde en 1914
épisode 5 sur 5 ; après.
Quelques années ont passé.
Aristide est revenu. La ferme l’attendait.
Pas tout à fait
comme avant, mais suffisamment pour continuer.
Il travaille beaucoup et ça l’aide. Pas à oublier, c’est impossible. Juste à vivre avec.
La terre a été remise à plat. Les champs ont repris leur
place.
On a rebouché les trous comme on a pu. Par endroits,
pourtant, elle s’affaisse encore.
Comme si quelque chose refusait de disparaître.
Ce jour-là, il est au marché. Du bruit, des voix, des gestes simples.
Quelqu’un l’appelle. Il se retourne. Un homme s’approche.
Un peu plus maigre, un peu plus vieux. Mais le même regard clair. Cette fois, les yeux sourient.
Ils restent un instant sans parler. Puis Aristide fait un pas, et enlace Karl.
Ils marchent un moment côte à côte, ils sont amis maintenant.
Ils ne parlent pas de la guerre. Ils parlent de la ferme, du travail, de la famille, ou plutôt ce qu’il en reste. Des frontières aussi.
– C’est étrange, dit Karl.
Il cherche ses mots.
– On a changé de pays… sans bouger.
Un silence. Aristide hoche légèrement la tête.
Karl relève les yeux.
Un sourire complice sur les lèvres.
– Tu te rends compte…
Il hésite.
– Si ça recommence…
Il marque une pause.
– Cette fois, on sera du même côté.
Aristide ne répond pas. Il regarde au loin.
Les champs, le vent dans les herbes.
Puis, très doucement :
– Oui. Mais une boucherie pareille, ça ne pourra plus arriver. Ils sont devenus sage là-haut.
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