Le nichoir
Christian aimait bricoler avec des palettes de récupération. Il aimait surtout l’idée de faire quelque chose avec presque rien, car il n’était pas très bon bricoleur. Il manquait d’outils, de technique, alors il compensait avec de l’astuce et beaucoup d’huile de coude.
Parfois, il sortait de son atelier avec une certaine fierté, comme après ce banc un peu bancal ou cette étagère qui tenait à peu près droite. Mais le plus souvent, ses créations étaient de travers, fragiles, ou carrément inutiles. Comme ce nichoir qu’il avait fabriqué un jour, persuadé, avec une naïveté presque prétentieuse, que des mésanges viendraient s’y installer.
Le temps avait passé. Le bois avait travaillé. Une planche du toit ne tenait plus.
Christian grimpa à l’arbre, décrocha le nichoir, avec l’idée vague de le réparer… ou peut-être de le brûler.
Il le posa sur son établi, soupira, puis commença à dévisser la planche du dessus pour récupérer les vis.
C’est là qu’il s’arrêta.
Au fond, parfaitement lové dans le bois qu’il croyait mal ajusté, se trouvait un nid. Un petit chef-d’œuvre de patience et de précision. Des brins d’herbe, des plumes, des fils minuscules, tressés avec une délicatesse qu’il n’aurait jamais su reproduire. Et là, au milieu, quelques fragments de coquilles.
Christian resta immobile.
Quelque chose avait vécu ici.
Malgré lui. Grâce à lui.
Ses yeux se remplirent sans qu’il comprenne tout de suite pourquoi.
Alors il remit doucement la planche en place. Cette fois, il prit son temps. Il ajusta mieux, serra juste ce qu’il fallait, comme s’il réparait quelque chose de précieux.
Et le lendemain, il fabriqua deux autres nichoirs.

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