Épisode 2 : Le grand tournant écologique

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Le président Primus était de mauvaise humeur ce matin-là. Sa côte de popularité était au plus bas depuis son élection. Hubert n’avait pas réussi à lui cacher les chiffres officiels.

Il fallait frapper un grand coup. Pour remonter dans les sondages, évidemment.

Archibald Primus annonça donc que la Valdorésie allait prendre le virage de la transition écologique. Un virage à cent quatre-vingts degrés. Une révolution, pour être plus précis — mais cela, Archibald ne l’avait pas compris. faisait-il semblant.

Il était vrai qu’il possédait une intelligence si remarquable que sa pensée pouvait parfois se révéler trop subtile pour le commun des mortels.

Première annonce : le plan vélo

Archibald Primus avait tenu à se rendre sur la grande place de la Victoire à vélo.
Un geste fort. Un geste simple. Un geste historique.

Le cortège s’ébranla à huit heures précises. Le président pédalait au centre, casque blanc immaculé, sourire maîtrisé, entouré d’une escouade de gendarmes à moto chargée d’ouvrir la route. Derrière eux, dix bus de gendarmes mobiles assuraient la sécurité de l’événement. Des bus au diesel, naturellement – la transition ne devait pas se faire dans la précipitation.

Les rues furent bouclées sur plusieurs kilomètres. Les automobilistes, immobilisés, observaient en silence le passage du convoi écologique le plus protégé de l’histoire Valdorésienne.

Sur la grande place de la Victoire, une estrade avait été dressée. Archibald posa son vélo contre un pupitre spécialement conçu à cet effet. Les caméras captèrent l’image sous tous les angles : le président, seul, humble, proche du peuple, ayant bravé l’effort.

– Valdorésiennes, Valdorésiens, aujourd’hui nous changeons de modèle.

Derrière lui, les moteurs des bus tournaient pour alimenter la climatisation. Personne ne songea à les couper.

Archibald annonça fièrement le Plan Vélo National. Une révolution douce. Une écologie de bon sens. Une invitation à repenser nos déplacements. Il parla de liberté retrouvée, de villes apaisées et d’avenir radieux.

Il ne mentionna ni l’absence de pistes cyclables, ni la pluie, ni le vent, ni les pentes.
Ce n’était pas le moment d’entrer dans les détails.

Hubert souffla. Le président n’avait pas commis d’erreur. Puis Archibald revint vers le micro.

Non, pensa Hubert.

– Pour accompagner ce plan, nous avons voté des mesures exceptionnelles. Dès le mois prochain, tous les fonctionnaires viendront travailler à vélo.

Quelques applaudissements s’élevèrent dans la foule. On avait promis un buffet à volonté.

– Une prime sera également versée à chaque citoyen s’équipant d’un vélo neuf.
(Il marqua une pause.)
– Sous réserve de l’installation d’une application de traçage. Votre sécurité, notre préoccupation.

Les réseaux sociaux s’embrasèrent aussitôt. Les fonctionnaires, très nombreux en Valdorésie, accueillirent la nouvelle avec une certaine réserve. Il faut dire que le pays était particulièrement vallonné. La capitale elle-même était bâtie sur un mont avec un dénivelé de 849 mètres.

Deuxième annonce : la voiture électrique obligatoire

Hubert certifia au président que le plan vélo était un immense succès et qu’il serait peut-être préférable de différer l’annonce concernant la voiture électrique.

– Vous n’y pensez pas, Hubert ! s’exclama Archibald. Nous devons battre le fer tant qu’il est chaud.

Ils se rendirent à l’usine automobile nationale. Elle fabriquait encore des moteurs diesel – excellents par ailleurs, trois litres aux cent kilomètres pour les derniers modèles. L’usine la plus performante de Valdorésie.

– Nous allons montrer l’exemple, annonça Archibald. Avec notre nouveau véhicule électrique. Un SUV de quatre tonnes, blindé. Magnifique. Quatre-vingts kilomètres d’autonomie sur terrain plat.

– Monsieur le Président, annoncer la fin du thermique dans une usine de moteurs diesel… tenta Hubert.

– Ils seront ravis, le coupa Archibald. Modernisation, formations, avenir.

Rien ne pouvait entamer son enthousiasme.

Les chaînes de télévision étaient présentes. Les représentants syndicaux, eux, avaient été savamment tenus à distance par Hubert – ce qui lui avait valu la perte de ses cheveux et un ulcère persistant.

Archibald monta sur une estrade improvisée.

– Valdorésiennes, Valdorésiens, aujourd’hui nous allons encore plus loin. Je vous annonce la fin du thermique dès l’an prochain. La Valdorésie entre dans l’ère propre.

Les employés se regardèrent. Il n’existait aucune borne de recharge en zone rurale. Le pays subissait régulièrement des coupures d’électricité dues à des installations vétustes.

– Comment allons-nous charger les batteries ? demanda quelqu’un.

– L’État offrira une rallonge à chaque citoyen, répondit Archibald. Il suffira d’ouvrir la fenêtre. Je parle de transformation de mode de vie et vous vous souciez de détails insignifiants…

– Et l’usine ? Qu’est-ce qu’elle devient ?

– L’usine va devenir un pôle d’innovation.

En repartant, Archibald Primus, très satisfait, fit signe à Hubert.

– Qu’est-ce que j’apprends, Hubert ? Il n’y a pas de bornes de recharge ? Lancez-moi immédiatement une étude pour leur implantation. Et ne me dites pas qu’il n’y a pas de budget. Créez une nouvelle éco-taxe. C’est simple.

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