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Affichage des articles associés au libellé Microfiction

La vie est belle.

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 Hommage discret à Hervé Covès. Le monastère se trouvait à l'écart d'un petit village, au pied d'une colline couverte de chênes et de pins. Depuis plusieurs siècles, les frères y vivaient au rythme des saisons, des offices et du travail de la terre. La bibliothèque occupait une ancienne aile du monastère. On y conservait des manuscrits vieux de plusieurs centaines d'années, des livres plus récents, des carnets, des correspondances et toutes sortes de documents dont personne ne savait parfois très bien pourquoi ils avaient été conservés. Frère Matthieu en était le bibliothécaire. Il avait vingt-huit ans. Enfant, il avait toujours eu du mal avec l'idée que le monde puisse appartenir à quelqu'un. Il remettait dans le jardin les insectes trouvés dans la maison au lieu de les écraser. Il pouvait rester longtemps à observer une fourmi transporter une miette, un oiseau dans un arbre ou les premières feuilles apparaître au printemps. Plus tard, il avait découvert Fr...

L'arbre à palabres.

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  La pâture derrière l’école débordait de monde pour la kermesse de juin. Un agriculteur du coin la prêtait chaque année pour l’occasion. Sur l’estrade dressée entre les tréteaux et les guirlandes, le technicien se battait avec sa console depuis plus d’une heure. Le président de l’association des parents d’élèves était venu prêter main-forte ainsi que deux pères qui avaient vérifié encore une fois toute l’installation. Ils avaient même changé les câbles mais rien n’y faisait. Le technicien avait fini par prononcer la phrase que tout le monde redoutait. – Je suis désolé, mais nous ne pourrons pas… il n’alla pas plus loin. On avait compris. Un murmure parcourut le pré. Quelques enfants demandèrent si cela voulait dire qu’ils devaient rentrer chez eux. Des parents consultèrent leur téléphone. Une maman soupira assez fort pour que tout le monde l’entende. C’est à ce moment-là qu’un homme se leva. Il était assis depuis le début sous le chêne, un peu à l’écart. – C’est le papy d...

Un métier d'avenir.

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  Rose avait beaucoup changé depuis son entrée en quatrième, et ses parents commençaient sérieusement à s'inquiéter. – Qu'est-ce qu'on fait, Luc ? On demande un rendez-vous avec le professeur principal ? – Pourquoi ? Son bulletin est si mauvais que ça ? – Non, elle a quatorze de moyenne. De ce côté-là, tout va bien. Mais tu ne trouves pas qu'elle devient... étrange ? Luc réfléchit. – C'est vrai que je ne sais pas ce qu'elle fabrique au fond du jardin. Elle nous interdit d'y aller. – Et ce seau dans la cuisine... Tu as vu ce qu'elle a écrit dessus ? Luc lut l'étiquette. Collecteur de ressources. Intrigué, il souleva le couvercle, grimaça et le referma aussitôt. – On est obligés de garder ça ici ? – Tu vois ! Et elle ne veut plus faire son stage de troisième dans mon agence de communication. Elle m'a parlé d'un jardinier... ou quelque chose comme ça. Luc manqua de s'étrangler. – Tu en as parlé avec elle ? – Elle dit qu'ell...

Les mots d'Arthur.

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  Chapitre 10 ; Arthur reste Arthur. Les bulletins viennent d'être distribués. Arthur relit le sien une troisième fois. Quatre points de moyenne générale gagnés depuis le début de l'année. Les mathématiques restent son point faible, mais les cours de soutien commencent à porter leurs fruits. En français, les annotations de Mme Tricot ont changé de ton. "Bonne idée." "Continue dans cette direction." "Tu progresses." Trois mots qu'il n'aurait jamais imaginé lire quelques mois plus tôt. En histoire, leur exposé sur les grands explorateurs a obtenu un dix-huit. M. Damasio avait conclu simplement : – Vous n'avez pas récité Internet. Vous avez cherché. Ça fait toute la différence. Arthur garde cette phrase dans un coin de sa tête. Mathilda lui adresse de nouveau la parole. Mais quelque chose d’imperceptible s'est installé entre eux. Comme une pudeur. Comme si chacun attendait que l'autre fasse le premier pas. Yann, l...

La vocation.

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  Il est souvent difficile de savoir ce qu’on veut faire plus tard, on a beau se questionner dès le plus jeune âge, certains changent souvent d’avis . Astronaute un jour, vétérinaire le lendemain, influenceur le mois suivant. Livia, quatorze ans, n’avait pas ce problème. Elle serait chirurgienne. Le jour de son stage découverte, elle pénétra pour la première fois dans un bloc opératoire, équipée d’une charlotte, d’un masque, de surchaussures et d’une tenue stérile. Elle regarda autour d’elle. Toute une équipe travaillait ensemble comme une chorégraphie. À cet instant, elle sut qu’elle ne s’était pas trompée. – Tu peux sortir si ça ne va pas, lui glissa une infirmière. Mais Livia allait très bien. Elle était fascinée par les mains habiles, les noms étranges des instruments qui volaient d’une main à l’autre avec une précision millimétrée. Trois heures plus tard, l’opération terminée, elle se retrouva seule avec le chirurgien dans le couloir. – Petite, mais costaud ! lui dit-i...

Les agrumes de fin d'année

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  En l'an 2187, à l’Observatoire des rites et coutumes des civilisations anciennes. Ce matin-là, un groupe débattait devant un mur recouvert d’images. Leur point commun : des agrumes, mandarines, oranges, citrons, clémentines, pamplemousses… et des humains, tous habillés de rouge. Sur certaines images, on pouvait voir des étals et des montagnes d’agrumes savamment disposées en pyramides géométriques. – Comme vous le savez, expliqua un ethnologue, les peuples du XXIᵉ siècle célébraient chaque hiver la Grande Offrande des Agrumes. Les textes montrent qu’ils associaient la mandarine à la prospérité, au partage et à l’unité familiale. Des étudiants présents prenaient des notes. – Les archives indiquent également que les citoyens s’échangeaient des filets d’agrumes dans de vastes sanctuaires climatisés appelés « hypermarchés ». La pratique était si répandue que certains spécialistes y voient aujourd’hui une survivance de rites beaucoup plus anciens. Les têtes acquiescèrent gravem...

Les deux jardins

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   Chez Maxence Deux jardins étaient séparés par un simple grillage. D'un côté, tout semblait sous contrôle. La pelouse était coupée au millimètre, les bordures nettes, les allées minérales, les haies taillées avec une régularité presque géométrique. Rien ne dépassait. Pas une fleur sauvage, pas une branche oubliée, pas une feuille morte plus de quelques heures. Le propriétaire en était fier. Quand des amis venaient, il ouvrait volontiers le portillon. – Regardez-moi ça, disait-il en montrant ses massifs. Ici, rien n'est laissé au hasard. Puis, inévitablement, son regard glissait vers le jardin voisin. De l'autre côté du grillage, les choses semblaient moins... maîtrisées. Une zone d'herbes plus hautes occupait le fond du terrain. Les arbres n'étaient taillés qu'avec retenue. Ici et là, des tas de feuilles mortes demeuraient plusieurs semaines. Quelques branches reposaient dans un coin. La pelouse variait de hauteur selon les endroits. Pourtant, le vois...

Green boots

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 Je m'appelle Garance et j'ai toujours adoré les défis. J'ai rencontré Jean-Loup il y a trois ans, pendant le tour du Mont-Blanc. Nous avons marché ensemble quelques jours. Lui préparait l'ascension de l'Everest. Un soir, porté par l'enthousiasme, il m'a proposé de l'accompagner. J'ai d’abord accepté, puis j'ai réfléchi et j’ai refusé : pas le niveau. Jean-Loup a ri. – Viens au camp de base d'abord. Juste pour voir. Quelques mois plus tard, je passais une semaine à plus de cinq mille mètres d'altitude. Je découvrais le manque d'oxygène, les nuits courtes, les maux de tête et les marches d'acclimatation. Mais surtout, je découvrais l'Everest. Chaque matin, il était là. Je me réveillais en le regardant, je mangeais en le regardant. Je me couchais en y pensant. Je ne pouvais plus détacher mes yeux ni ma pensée de cette montagne. Alors, en redescendant, je me suis fait une promesse. Je reviendrai, et j'irai jusqu...

Y'a plus de jeunesse!

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 Au café, Marcel répétait toujours la même phrase. – Y’a plus de jeunesse. Il la lançait après deux ou trois bières quand il commençait à chauffer un peu. Les jeunes passaient trop de temps sur leurs téléphones, ne respectaient plus rien ni personne, parlaient bizarrement, portaient des vêtements troués qu’ils avaient pourtant payés cher, ils avaient les cheveux de toutes les couleurs et des tatouages partout... – Nous, au moins, on avait des valeurs. René hochait la tête sans conviction, las d’entendre Marcel ressasser les mêmes paroles. Ce soir-là, la discussion avait dérivé sur une émission de radio. – t’as entendu ça ? Paraît qu’on n’utilise que dix pour cent de notre cerveau ! avait lancé Marcel. René avait regardé Jojo essayer pendant trois minutes d’ouvrir la porte des toilettes en tirant comme une brute alors qu’il était marqué Pousser . – Tant mieux, avait-il soufflé. Parce qu’à cent pour cent, certains seraient peut-être dix fois plus bêtes. Ils avaient...

Ceux grâce à qui c'est possible

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 (Hommage discret à tous les bénévoles) La finale venait de se terminer. Dans quelques minutes, les joueurs monteraient sur le podium pour la remise des prix. Six bénévoles le transportaient à bout de bras jusqu’au centre de la salle. Il était lourd et bancal, comme tout le matériel qu’on finit par connaître à force de le monter, démonter, réparer. Autour d’eux, l’ambiance était encore à l’euphorie. On se congratulait. Le vainqueur posait avec sa coupe. Le maire serrait des mains. Une équipe de France 3 Région filmait les derniers sourires du tournoi. Et eux ? Ils avaient déjà des sacs-poubelle à la main. Dans les gradins, des gobelets écrasés, des papiers gras et des emballages traînaient partout – malgré les poubelles, malgré les affiches rappelant qu’il était interdit de se restaurer dans la salle. Ils soupiraient parfois, mais sans colère. Ils avaient l’habitude. Pendant trois jours, plus de quatre cents joueurs, entraîneurs, parents et accompagnateurs avaient travers...

Le planeur

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 Le treuil s’enroule à une vitesse prodigieuse et me voilà projeté à cinq cents mètres d’altitude en trente secondes. Et aussitôt, cette sensation de plénitude calme. Pas un vrai silence. Un silence vivant. Le souffle de l’air sur la carlingue, les petits craquements des ailes, le variomètre qui grésille doucement comme un insecte électronique. Et surtout cette sensation impossible à expliquer : le sol cesse d’être le monde normal. Les champs deviennent des taches colorées. Les routes, des cicatrices noires. Les tracteurs avancent sans bruit, comme des jouets poussés par des mains d’enfants invisibles. Avec le temps, j’ai appris à chercher la chaleur. Les grands champs sombres chauffés par le soleil. Les lisières de forêt. Les carrières blanches. Tout ce qui peut faire monter l’air. Au début, je ne voyais rien. Puis un jour, l’instructeur m’a dit : – Regarde les oiseaux. Très haut devant nous, deux buses tournaient sans battre des ailes. Le planeur est entré dans l’a...

Série L'absurde en 1914

 épisode 1 sur 5 1 Le départ L’annonce de la mort de Jaurès est un coup de tonnerre dans le petit village de Remomeix, proche de Saint-Dié-des-Vosges. Sur la place, les hommes parlent plus fort que d’habitude. Les commentaires ne laissent pas de place au doute : les derniers espoirs de paix se sont envolés. Aristide, assis à l’ombre de la tonnelle du café, écoute d’une oreille attentive. La nouvelle l’attriste, mais quelque chose, en lui, se redresse. Depuis l’enfance, on lui a appris à regarder vers l’Est. Il revoit la carte accrochée au mur de la classe : la France en couleurs, et cette tache sombre, soulignée plusieurs fois d’une craie rageuse par l’instituteur. – Ça, les enfants, c’est ce qu’on nous a pris. À Remomeix, l’ambiance est explosive en cette fin juillet de 1914. l’annonce de la mobilisation ne devrait pas tarder, d’après les rumeurs. Et Aristide est prêt à rejoindre le 146ème régiment d’infanterie. Chez lui, dans la pénombre du salon, il ajuste son...

Le concours

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 – Il faut redynamiser le village. Le nouveau maire avait dit ça avec les deux mains posées sur la table de la salle des fêtes, comme un capitaine annonçant un grand départ. Derrière lui, un vidéoprojecteur affichait : « Saint-Martin-sur-Lède : Horizon 2030 ». Les anciens du conseil municipal regardaient ça en silence. Marcel mâchonnait un cure-dent. Aimé dormait presque déjà. La jeune équipe, elle, débordait d’idées. – On pourrait organiser des randonnées immersives. – Des bains de forêt ! – Une journée bien-être et reconnexion au vivant. – Une découverte de la cuisine végétale locale… À “végétale”, Marcel leva un sourcil. Au fond de la salle, quelqu’un murmura : – C’est donc ça, les steak-frites sans steak… Personne ne releva. Le maire continuait, enthousiaste : – Il faut sortir des sentiers battus. Créer du lien. Réinventer notre rapport au temps. Aimé ouvrit un œil. – Au temps de quoi ? La petite Pauline, chargée de communication, fit défiler une diap...

Le tour de cartes

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 (Hommage discret à Tony Gardette) Lili était une bonne élève. Sérieuse, appliquée, et surtout, elle aimait apprendre. Tout lui plaisait. Elle n’avait pas vraiment de raisons d’aimer plus les maths que les autres matières. Et pourtant, c’était toujours le meilleur cours de sa journée. Elle n’aurait pas su dire pourquoi. C’était comme une sensation de bien-être. Ce prof était toujours disponible. Il répondait à toutes les questions, même les questions idiotes de Kévin, c’est dire. Il ne s’énervait jamais. Et quand il essayait de faire peur en faisant les gros yeux, ça n’intimidait pas grand monde. On voyait bien qu’il n’y croyait pas lui-même. Un jour, la classe était agitée. Il a sorti un jeu de cartes de sa poche, et l’a posé par terre, devant le tableau. Puis il a dit, avec un sérieux tranquille : – Je vais vous faire un tour de cartes. Là, quelques têtes se sont relevées. Même Kévin, qui d’habitude parlait encore pendant que les autres se taisaient, a suspendu sa phrase...

La course

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 J’ai tout préparé au millimètre. Deux gourdes pleines sur le vélo. Les chaussettes remplies de talc pour que les pieds mouillés glissent – j’ai vu des pros faire ça. Les chaussures sont parfaitement alignées, ouvertes juste ce qu’il faut. Rien ne dépasse, je suis prêt. Je prends des cours de natation depuis un an. C’est mon point faible. Pas une question de chrono – une question d’énergie. Si je sors trop entamé, tout le reste s’effondre. Le départ est donné. Ça pousse immédiatement. Des bras, des épaules, des jambes dans tous les sens. Si je ne m’impose pas, je recule. L’eau froide s’infiltre dans la combinaison, me traverse comme un courant électrique. Je m’agite, je lutte pour garder un cap, pour trouver un espace. Puis ça s’ouvre, enfin. Mes lunettes tiennent. Ma respiration se cale. Les gestes deviennent plus propres. Je sais que je perds du terrain, mais moins que d’habitude. Je glisse un peu mieux. Mille cinq cents mètres avec un léger courant contraire. C’est dur,...

Les billes

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Théo court dans le magasin trop éclairé. Les rayons débordent de jouets, de couleurs vives, de sons artificiels. Tout clignote, tout appelle. Derrière lui, Jean-Paul avance plus lentement. Il n’a plus l’habitude de ces grands magasins. Trop de lumière, trop de choix, trop de bruit. Lui vit à la campagne désormais, et ce monde-là lui semble presque agressif. Il plisse un peu les yeux, cherche Théo du regard, qu’il devine déjà happé par les jeux vidéo. Il s’engage dans un rayon plus étroit, à l’écart. Ici, tout est plus calme. Moins moderne aussi. Presque oublié. Et soudain, il s’arrête. Un simple sachet, accroché à une broche métallique. Transparent. À l’intérieur, des billes. Des transpas , des agathes , des araignées . Jean-Paul reste immobile un instant. Incrédule. Tout un trésor… pour quelques pièces. Il en serre une entre ses doigts à travers le sachet. Le verre est lisse, froid, parfait. À son époque, c’était ce qu’il avait de plus précieux. – Théo ! Viens voir par ici...

Yoann et le programme Erasmus

 Yoann venait d’être accepté dans le programme Erasmus pour continuer ses études en passant une année à Bâle. Une bonne expérience, une ligne de plus sur le CV, pensait-il. À vingt-deux ans, licence avec mention en poche, il avait une certitude tranquille : il parlait anglais comme ses notes l’attestaient depuis le collège, et la langue ne serait pas un obstacle. Mais dès le premier soir pourtant, quelque chose se fissura. Dans la cuisine commune, trois étudiants parlaient vite. Un Espagnol, une Allemande, une Belge. Yoann comprenait les mots, mais pas le rythme. Il souriait au mauvais moment. Il riait un peu en retard. Quand on lui posait une question, il répondait correctement, mais brièvement. La conversation repartait sans lui, comme un train qu’on regarde passer depuis le quai. Il se dit que c’était la fatigue. Les jours suivants, la même sensation revint. Il comprenait tout, et pourtant, il ne saisissait rien tout à fait. Il lui manquait quelque chose d’invisible, une co...

Ce qui ne tue pas...

 J’étais influenceur fitness. Cent cinquante mille abonnés. Un corps sculpté, une discipline de fer, des vidéos propres, motivantes, efficaces. J’avais l’impression de tenir quelque chose. De tenir ma vie. Le jour où ça a basculé, j’ai voulu charger un peu plus. Juste pour la vidéo. Juste pour montrer. Au deuxième squat, j’ai senti que ça partait. Trop tard. La barre m’a emporté en arrière. Je ne me souviens pas du choc. Juste du silence après. Section de la moelle épinière. Je ne marcherai plus jamais. Aujourd’hui, je traverse mon appartement en fauteuil. Lentement. Chaque geste est calculé. Chaque déplacement est une négociation avec le réel. Et cette phrase qui tourne en boucle, comme une blague cruelle : « Ce qui ne tue pas rend plus fort. » J’aimerais bien le voir, celui qui a dit ça. À ma place. J’aimerais voir ce qu’il soulèverait, lui, maintenant. Parce que moi, je ne soulève plus rien. À part mes regrets. Au début, j’aurais préféré mourir. C’était simple, a...