Chambre 12
Sur le lit de la chambre 12, le protocole était clair, surligné de jaune fluo : ne pas réveiller le patient entre 22 h et 6 h. sommeil prioritaire. Surveillé par capteurs.
Marta avait lu et relu la note de service, elle en comprenait la logique ; le sommeil réparateur, les constantes qui se stabilisent, les familles épuisées qu’on laisse souffler. C’était rationnel. C’était même bien pensé.
À 2h47, les capteurs indiquaient que tout allait bien. Marta qui faisait un tour du service s’arrêta devant le lit, elle regarda le patient dormir un moment. Elle ne su dire pourquoi. Un truc dans la respiration, peut-être. Trop régulière, pas naturelle.
Elle s’approcha du lit et posa deux doigts sur le poignet du vieil homme, en dépit du protocole. La peau était sèche, elle prit sa main et fit pression sur les doigts qui ne répondirent pas. Elle réveilla doucement le patient en lui parlant avec douceur, presque en s’excusant. Il ouvrit les yeux, mit plusieurs secondes à comprendre où il était, puis articula faiblement :
– J’ai soif. Tellement soif.
Marta releva un peu la tête du lit et le fit boire. Le vieil homme la remercia et se rendormit.
Les capteurs n’avaient pas vu la déshydratation qui montait en silence depuis trois heures, pas sentis la peau sèche, pas entendu l’appel muet d’un corps qui n’avait plus la force de sonner.
Marta appela l’interne qui remercia et modifia la perfusion.
Le lendemain, Marta fut convoquée chez le cadre de service. Elle entra dans le bureau et vit le protocole ouvert, les annotations de l’interne. Elle se raidit légèrement, mais le cadre s’adressa à Marta sans méchanceté :
– Vous n’avez pas suivi la consigne.
Marta ajusta sa blouse, releva la tête et dit simplement :
– Non.
– Pourquoi ?
Elle réfléchit, elle aurait pu parler d’intuition, de douze ans de nuits, de ce sixième sens qu’on acquiert à force de surveiller le sommeil des patients, elle choisit de répondre :
– Parce que les capteurs ne savent pas avoir peur pour quelqu’un.

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