Le marcheur de l'absolu.

 

(hommage discret à Théodore Monod)


Après avoir lu « le chercheur d’absolu » pour la troisième fois, Jean-Louis avait pris sa décision : aller dans le désert.

Il savait qu’il n’y avait rien, qu’il faudrait marcher lentement, sans geste inutile, sans distraction, sans même parler.

Pas de trésor. Pas de point d’arrivée. Même pas de chemin, à vrai dire. Seulement du sable, du vent, et cette ligne d’horizon qui reculait à mesure qu’il avançait.

Il le savait — il l’avait lu chez Théodore Monod.

Alors pourquoi continuer ?

Au troisième jour, la douleur s’installa. Une brûlure sourde dans les jambes, une fatigue qui ne passait plus avec le sommeil. Il pensa s’arrêter. Juste une journée. Peut-être deux.

C’est là qu’il la sentit.

Rien de visible. Rien de précis.

Pas une voix.

Plutôt une insistance.

Comme une main très légère posée dans son dos. Pas pour le pousser franchement — non. Juste assez pour rendre l’arrêt… inconfortable.

Il fit encore quelques pas.

La sensation disparut.

Il s’arrêta.

Elle revint.

Il se retourna.

Rien.

Le désert, immense, indifférent.

Il essaya de résister, par orgueil peut-être. Il planta ses pieds dans le sable, croisa les bras, attendit.

Plus il restait immobile, plus quelque chose en lui se tendait. Une gêne inexplicable. Comme s’il désobéissait à une règle qu’il ignorait.

Alors il marcha.

Et tout redevint simple.

Les heures passèrent ainsi. Marcher : apaisement. S’arrêter : tension.

Il pensa à Théodore Monod, à ses longues traversées, à cette fidélité étrange à une quête sans objet.

Le soir, épuisé, il murmura dans le vent :

— Il n’y a rien, tu sais.

Le désert ne répondit pas.

Mais la pression, derrière lui, était toujours là.

Infime. Patiente.

Comme si quelque chose — ou quelqu’un — n’attendait pas qu’il trouve.

Seulement qu’il continue.

Puis, presque malgré lui, il se mit à regarder autrement. Une pierre polie par des millénaires de vent, une trace à peine visible dans le sable, une variation de couleur qui raconte une histoire plus ancienne que les hommes.

« Le désert n’est pas vide. Il est exigeant. »

Jean-Louis marcha encore, s’accommodant de la douleur, sans plus de pression.



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