Louise, la petite révolutionnaire.

 Louise n’était pas née dans un palais, ni même dans une maternité, elle était née dans une voiture, un soir d’octobre 2018, quelque part sur un rond-point occupé de Vendée.

Dehors, les gilets jaunes brûlaient des palettes pour se réchauffer et faisaient bouillir de l’eau pour la sage-femme. On entendait des chants, des slogans, des voix élevées contre un monde injuste et sourd.

Ses parents y croyaient encore, ils parlaient de justice sociale, d’avenir désirable, de dignité. Quand Louise vint au monde dans les bras de la sage-femme, sa mère dit en pleurant :

– On l’appellera Louise en hommage à Louise Michel. Ainsi, elle portera en elle nos espoirs de révolution et de changement.

Louise grandit dans un monde de désillusion, mais entourée de beaucoup d’amour. Ses parents s’étaient tus, comme tant d’autres : écœurés, humiliés, gazés, matraqués, ils avaient fini par reprendre le boulot, la routine… avec leurs rêves en lambeaux.

Mais des souvenirs restaient. Des amis aussi. Et chaque fois qu’on « refaisait le monde », Louise n’en perdait pas une miette.

À l’école, elle brillait sans le dire. Elle lisait trop vite, écrivait trop bien, posait trop de questions. Elle était appréciée des enseignants mais avec prudence : quelque chose en elle dérangeait. Sa maturité, peut-être. Sa lucidité. Son indifférence totale aux jeux des enfants de son âge.

Un jour, à seulement sept ans, elle prit la défense d’une camarade harcelée. Sans crier mais d’une voix qui coupa le brouhaha net:

– Vous ne riez pas de ce qu’elle est. Vous riez de ce que vous avez peur d’être.

Elle continua à se construire auprès des livres qu’elle empruntait discrètement dans la bibliothèque de ses parents.

Quand elle ne comprenait pas quelque chose, elle cherchait sur internet. Puis elle se mit à dialoguer avec une IA. Elle apprit vite. Beaucoup. Trop, peut-être.

Un jour, elle composa un petit poème, un souffle de colère douce, et le glissa dans la fenêtre de dialogue :



Ils portaient des gilets jaunes

Pour couvrir leur cœurs nus.

Le feu dans les yeux,

Des rêves suspendus.



Ils sont rentrés vaincus.

Ils demandaient justice –

Ils ont reçu du mépris.



Depuis :

Des riches plus riches

Des pauvres qui « l’ont bien cherché. »



Et maintenant ?

Et demain ?

Quels rêves nous restent-il ?

Aller faire la guerre ?



Non.

Il faut que ça s’arrête.

Il faut que ça cesse.

Il faut qu’on respire à nouveau.



D’habitude loquace, L’IA resta muette quelques secondes. Puis un petit cœur clignota. Un smiley cligna de l’œil. Et la fenêtre disparut dans un léger murmure.

Louise posa sa main sur le bureau, comme on touche une terre encore tiède.

Elle comprit que la réponse ne viendrait pas d’un écran.
Ni d’un slogan.
Ni d’une victoire éclatante.

Elle viendrait d’elle.

Pas tout de suite.
Pas en criant.

Mais un jour.

Et cela suffisait.



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