Le coach
«
Seule la victoire est belle. » Il répétait ça comme un mantra, un
peu trop souvent pour que ce soit encore innocent.
« Les fautes
? Faites-les s’il faut, mais toujours dans le dos de l’arbitre.
»
Il aimait prendre ce ton de vieux sage alors qu’il
n’enseignait que la mauvaise foi.
« Tricher ? Ce n’est pas
vraiment tricher quand on utilise tous les moyens possibles… si ?
»
Et son sourire disait déjà la réponse.
Il marchait toujours torse bombé, chemise trop serrée et
lunettes de soleil accrochées derrière les oreilles.
Carrure
athlétique impressionnante… mais uniquement sur les photos cadrées
au-dessus de la taille.
En dessous, il avait des jambes aussi
fines que des crayons.
Ça rendait sa démarche ridicule, et les
joueurs pariaient sur une victoire écrasante du haut sur le
bas en cas de chute.
Fier comme un paon, il arpentait le long du terrain en envoyant
les petites phrases qu’il affectionnait. Il se trouvait très drôle
:
« Pas mal… pour ton niveau. »
« T’as le jeu de
jambes de ma grand-mère. »
« Si tu veux rester sur le banc,
continue comme ça. »
« Lui ? Toujours en train de pleurer
avant la fin du match. Aucun mental. »
Il ne connaissait pas la défaite.
Quand l’équipe perdait,
il hochait la tête :
« Vous n’avez pas suivi le plan.
»
Quand l’équipe gagnait, c’était grâce à lui,
évidemment :
« J’ai su trouver les failles dans leur jeu. »
Les joueurs le supportaient parce qu’on leur avait répété
qu’un coach “dur mais juste” formait les champions.
Sauf
qu’il n’était pas juste.
Il était seulement dur.
Dur comme quelqu’un qui gagne à travers les autres, faute d’avoir pu gagner lui-même.
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