L'homme qui ne savait pas dire non.
Il le
savait.
Il ne devait pas répondre.
Mais dès que quelqu’un
l’interpellait – « Bonjour monsieur, deux minutes ? »
– son âme se dissolvait, son courage s’évaporait, et son
portefeuille s’ouvrait comme une porte automatique.
Il s’était retrouvé abonné à des revues qu’il ne lisait pas, à la télévision numérique qu’il ne regardait jamais, donateur pour des causes qu’il venait de découvrir, participant à des tombolas obscures dont il gagnait uniquement… des sollicitations supplémentaires.
Il recevait du vin chaque mois, et n’en buvait pas.
Du café
aussi, alors qu’il était sensible à la caféine.
On lui
livrait même des croquettes pour chien.
Il n’avait pas de
chien.
Le pire ?
Il ne fumait plus depuis dix ans.
Mais il
continuait à acheter des cigarettes, par réflexe.
La force de
l’habitude : on le taxait dans la
rue.
Toujours.
Systématiquement.
L’univers lui
collait dans le dos un panneau invisible :
« Je vous en
prie, abusez de moi. »
Il avait tout essayé.
Changer de style.
Adopter un air
antipathique.
Porter des lunettes de soleil même la nuit, pour
intimider.
Échec complet.
On lui parlait encore plus.
Il
dégageait une gentillesse involontaire, collante, inarrêtable.
Un jour, au bord du naufrage administratif, bancaire et émotionnel, il décida de consulter un spécialiste.
Le thérapeute l’écouta attentivement, hocha la tête, prit des
notes très professionnelles.
Il y eut un long silence, comme un
verdict.
Puis, d’une voix grave, solennelle, presque sacrée :
– « Il existe un remède infaillible… mais je dois vous prévenir : c’est un supplément optionnel à 29,90 € par mois. »
Et l’homme signa.
Évidemment.
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