Le match
Je suis gonflé à bloc aujourd’hui et les filles peinent à maîtriser mon rebond.
Surtout la timide. Elle a toujours peur de me blesser, alors elle ne me serre pas assez et je lui échappe.
Heureusement, la meneuse n’est jamais loin. Elle me saisit,
fonce vers le panier, me dribble avec assurance. Elle esquive à
droite, à gauche, change de main, feinte. Puis elle m’envoie,
d’une trajectoire parfaite, vers celle qui me réclame sans cesse,
comme une forcenée.
Mais une fois entre ses mains, elle ne sait
plus quoi faire de moi. Toujours la même histoire. Elle se retrouve
coincée entre deux adversaires et… ça finit par un entre-deux,
dans le meilleur des cas.
Je connais cet arbitre. Je ne l’aime pas beaucoup : il siffle
trop.
Surtout elle, il devrait la connaître à force. Elle
prend la pose pour le photographe avant de chuter lourdement, comme
si un bus l’avait renversée. Son lancer franc s’envole haut. Je
répare l’injustice en déviant légèrement ma trajectoire. Elle
râle.
On se rapproche de la fin. L’agitation gagne les gradins, les pieds résonnent sur les structures. Sur le terrain, je sens la nervosité : maintenant, on m’arrache. J’entends le père de la spectaculaire réclamer une faute ; décidément, c’est de famille.
Ce match n’est pas le plus important de la saison, et pourtant… toutes ces filles jouent leur vie sur chaque action, et je les admire pour ça.
Voilà la discrète.
Elle respecte tout : les adversaires,
les règles, le coach… et moi aussi. Je l’aime bien. Elle essaie
toujours de faire de son mieux. Même si parfois, elle devrait oser
me lancer vers le panier un peu plus souvent.
Aujourd’hui, je sens qu’elle a plus d’assurance. Il ne reste pas longtemps, et elle le sait. Après une belle contre-attaque, elle se retrouve dans la raquette. Elle a vu celle qui réclame toujours le ballon sur sa droite. Elle feinte la passe pour écarter la défenseuse, fait son double pas et me lâche vers la planche.
Ça ne changera rien à l’issue du match.
Mais c’est
important pour sa confiance.
Faire de son mieux, toujours,
jusqu’au bout.
J’aime cet état d’esprit.
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