Le champignon qui ne servait à rien.
Dans une clairière, au pied d’un chêne majestueux, poussait un petit champignon brun.
Les promeneurs ne le regardaient pas.
Ils photographiaient le
tronc large, les branches, la lumière.
Le champignon, lui, ne faisait rien d’impressionnant.
Il ne
donnait ni ombre, ni fruit, ni bois.
Parfois, un humain l’apercevait et commentait :
« Même
pas comestible… inutile, laid. »
Cela l’attristait.
Un été trop sec, le chêne commença à trembler.
Ses
feuilles se flétrirent.
Ses racines cherchaient de l’eau
comme des mains dans l’obscurité.
Alors le champignon fit ce qu’il faisait toujours, sans y penser
:
il tendit ses filaments plus loin, plus profond, plus fin que
n’importe quelle racine.
Il trouva l’eau.
Il trouva des sels. Des minéraux.
Il
trouva même les réserves d’un hêtre voisin.
Il partagea.
Près du chêne, des jumeaux avaient construit une
cabane.
Inquiets de le voir perdre ses feuilles, ils lui
apportaient chacun un arrosoir.
Tous les matins. Comme un
rituel.
Ils frottaient son tronc et murmuraient :
« Bois, grand
chêne, il fait chaud. »
Le chêne ne sut jamais vraiment comment il survécut cet
été-là.
Il remercia le ciel… et les enfants.
Le champignon, lui, continua de pousser en silence.
Et la forêt respira, comme un seul être,
où chaque vie
dépend d’une autre.

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