Ceux grâce à qui c'est possible


 (Hommage discret à tous les bénévoles)

La finale venait de se terminer.

Dans quelques minutes, les joueurs monteraient sur le podium pour la remise des prix. Six bénévoles le transportaient à bout de bras jusqu’au centre de la salle. Il était lourd et bancal, comme tout le matériel qu’on finit par connaître à force de le monter, démonter, réparer.

Autour d’eux, l’ambiance était encore à l’euphorie.

On se congratulait. Le vainqueur posait avec sa coupe. Le maire serrait des mains. Une équipe de France 3 Région filmait les derniers sourires du tournoi.

Et eux ?

Ils avaient déjà des sacs-poubelle à la main.

Dans les gradins, des gobelets écrasés, des papiers gras et des emballages traînaient partout – malgré les poubelles, malgré les affiches rappelant qu’il était interdit de se restaurer dans la salle.

Ils soupiraient parfois, mais sans colère. Ils avaient l’habitude.

Pendant trois jours, plus de quatre cents joueurs, entraîneurs, parents et accompagnateurs avaient traversé le gymnase. Un tournoi international pour les dix ans du club. Une aventure immense pour une association qui fonctionnait surtout avec des gens ordinaires : des salariés fatigués après leur journée, des retraités, des étudiants, des jeunes du club venus aider entre deux matchs.

Tout avait commencé plusieurs mois plus tôt, un soir de réunion.

– Et si, pour les dix ans du club, on organisait un tournoi international ?

La phrase avait provoqué un silence bref, celui qui précède les idées déraisonnables.

Puis quelqu’un avait répondu :

– Ce serait énorme…

Et très vite, l’enthousiasme avait pris la place de la prudence.

La présidente avait souri avec cet air qu’ont les gens qui savent déjà qu’ils vont accepter une quantité absurde de travail.

Alors les réunions s’étaient multipliées.

Commission hébergement. Commission buvette. Gestion du matériel. Planning des bénévoles. Demandes à la mairie. Coups de téléphone au service des sports. Recherche de partenaires.

Petit à petit, la machine s’était mise en marche.

Une machine étrange, faite presque uniquement de bonne volonté.

Le jeudi soir précédant le tournoi, il avait fallu aller emprunter des tables dans les clubs voisins. Le vendredi, tracer les aires de jeu, installer les séparations, vérifier les filets.

Puis les premiers problèmes étaient arrivés.

Toujours les mêmes mots :

« On fait comment ? »

– Le juge-arbitre demande vingt-quatre tables mais les aires réglementaires ne rentrent pas…

Un silence.

– On réduit pour les poules et on agrandit à partir des huitièmes. Sinon on explose les horaires.

Personne n’était ravi, mais tout le monde s’y mettait.

On déplaçait, on mesurait, on recomptait.

Le vrai drame, pourtant, arriva le samedi matin.

Le boulanger n’avait livré que cent baguettes sur les deux cents promises.

Pendant quelques secondes, personne ne parla.

Trois cents sandwichs à préparer, avec une buvette déjà prise d’assaut.

Alors Philippe attrapa ses clés de voiture et partit faire quatre boulangeries et deux supermarchés.

Quand il revint, personne n’applaudit, on ouvrit juste les sacs. Et on continua.

Parce que c’est ça, peut-être, un bénévole : quelqu’un qui règle des problèmes dont personne ne saura jamais l’existence.



Le dimanche soir, la coupe brillait sous les lumières.

Le tournoi était un succès.

Les photos allaient circuler. On féliciterait les champions. On remercierait les organisateurs en quelques mots rapides au micro.

Et pendant ce temps-là, dans les gradins, certains remplissaient déjà des sacs-poubelle.

Discrets, fatigués, mais heureux aussi, un peu.

Ceux grâce à qui tout avait été possible.



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