Moi, je suis comme Saint Thomas
Ce
n’était ni par esprit de contradiction, ni par arrogance.
C’était
sa manière d’être au monde.
Il fallait qu’il voie pour croire.
Comme saint Thomas,
disait-il souvent, avec ce petit sourire tranquille de ceux qui sont
sûrs de leur bon sens.
Un peu buté, sans doute.
Un peu borné, peut-être.
Pas
plus que les autres, pensait-il. Juste plus rigoureux.
Aucun raisonnement ne le faisait vaciller. Il avait sa doctrine.
– Et Dieu, alors ? On ne le voit pas pourtant, lui disait-on
parfois.
– Dieu, c’est
la foi. Ce n’est pas pareil, répondait-il, intransigeant.
– Et l’air que tu respires ? Tu ne le vois pas non plus.
–
Ça, c’est de la science. Ce n’est pas pareil.
Tout ce qui n’entrait pas dans ses catégories n’existait pas
vraiment.
Ou alors pas assez pour mériter le doute.
Rien ne l’ébranlait.
Il avait besoin de preuves.
Des
preuves visibles.
Un jour pourtant, sans prévenir, la nuit s’abattit sur ses
yeux.
Une cécité brutale, totale, définitive.
Le monde continua sans lui demander son avis.
Quelques jours plus tard, il s’encastra de plein fouet dans un
poteau.
Un poteau parfaitement réel.
Solidement planté
là.
Que tout le monde voyait.
Et dont on l’avait averti.
Il ne l’avait pas vu.
Et pourtant, il était là.
Allongé sur le trottoir, sonné, il comprit –
trop tard – que ce n’est
pas parce qu’on voit quelque chose que c’est vrai,
et que ce
n’est pas parce qu’on ne le voit pas
que cela n’existe
pas.
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