Rayon de soleil

 Il n’était pas spécialement du genre à philosopher. Pourtant, ce matin-là, alors qu’il tirait les rideaux, il eut un léger sursaut : une fine bande de lumière venait de découper le sol du salon, comme si quelqu’un avait entrouvert une porte vers un autre monde.

Cela faisait des jours que la pluie tapait contre les vitres, transformant la ville en aquarelle grisâtre. Il resta immobile un moment, surpris par cette visite inattendue du soleil. Puis sortit s’asseoir au soleil avec un livre.

Un jour, lassé du mauvais temps, il s’était surpris à rêver : « si j’étais riche, j’aurais des maisons un peu partout et je pourrais passer ma vie au soleil. »

Mais il se demanda aussitôt : s’il passait sa vie au soleil, sans jamais connaître la morosité d’une journée de pluie, pourrait-il l’aimer avec autant d’intensité ? Un rayon n’est précieux que parce qu’il est rare. Et aurait-il seulement le temps d’en profiter comme en cet instant – assis sur la terrasse, enveloppé dune chaleur imprévue de fin d’automne, un livre posé sur les genoux, le monde au ralenti?

Alors un souvenir l’effleura. Enfant, il ne supportait pas l’ennui. Il fallait qu’il bouge, qu’il parle, qu’il s’occupe ; le vide le terrifiait presque . Son père avait tenté de lui expliquer que l’ennui était nécessaire. À l’époque, il ne comprenait pas, impatient, persuadé que le temps devait être rempli comme un verre trop vite vidé.

Aujourd’hui, il comprenait. Il sourit en reprenant sa lecture.


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