Le coup de fil.
Partie 1 sur 2.
– Oui, allô ?
– Salut papa.
– Salut, fils. Ça va ?
– Oui, super. En ce moment, je suis en grande forme. Et toi ?
– Ça va. Quelques soucis de vieux.
– Arrête ! T’as même pas soixante ans !
– C’est vrai. Mais faudrait quand même que je bouge un peu plus et que je mange un peu moins… Haha.
Un silence.
– À propos de manger, justement… Quand est-ce que tu viens nous voir ?
– Le mois prochain. J’aurai un peu plus de temps.
– Super ! On sera dans la bonne saison. Alors, truffade, fondue, tartiflette, raclette… Fais ton choix, j’en salive déjà.
Une hésitation.
Longue.
Trop longue.
– Tu es toujours là ?
– Oui… mais c’est que… je suis…
Il s’arrête.
– Tu es quoi ?
– Végan.
Le père éclate de rire. Un rire nerveux, incontrôlable.
– Tu trouves ça drôle ?
– Non, excuse-moi. Mais quand j’ai entendu ton hésitation, je ne sais pas… J’ai eu peur. J’ai pensé à quelque chose de grave.
Il reprend son souffle.
– Mais… végétarien, ça ne te suffisait plus ?
– Non, papa.
– Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ?
– Beaucoup de choses.
– C’est une religion, c’est ça ?
– Non. Une conviction.
– Tu ne manges vraiment plus rien qui vienne des animaux ?
– Rien.
Même les œufs ?
– Même les œufs.
– Le fromage ?
– Non plus.
– Le poisson ?
– Papa…
– Oui, je sais. C’est un animal.
Ils rient.
– Écoute, dit le fils, je sais que ça peut paraître bizarre. Je t’expliquerai quand je viendrai. J’ai pas mal réfléchi à tout ça.
– D’accord.
Un silence.
– Et n’en parle pas encore à maman. Je préfère vous expliquer quand je serai là.
– Ça marche.
Le père s’apprête à raccrocher.
– Oh, attends.
– Oui ?
– Je ne sais pas pourquoi… mais au fond de moi, ça me rend fier, tu sais.
Un silence, cette fois beaucoup plus court.
– Merci, papa.
– À bientôt, fils.
– À bientôt.
Pascal raccroche.
Il regarde son téléphone quelques secondes.
Puis il sent la main de sa femme se poser sur son épaule.
– J’ai tout entendu.
Il se retourne.
– Je ne comprends pas vraiment ce qui lui arrive, dit Clémence, mais je suis sûre qu’il sait ce qu’il fait.
Elle sourit.
– Et j’ai aimé ta réaction.
Pascal hausse les épaules.
– C’est mon fils.
Puis il réfléchit.
– Bon… va quand même falloir qu’on trouve quoi lui faire à manger.

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