Épisode 3 : L’âne pas si bête

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Mini-série : sur la piste du loup.

Un dimanche de repos bien mérité.

Camille faisait la sieste dans son hamac, un livre ouvert entre les mains. Mais le sommeil aidant, son regard se perdait dans les branchages. Il observait un couple de mésanges occupé à construire un nid. Un moment suspendu, comme il les aimait.

La sonnerie du téléphone rompit le charme.
Sandra. Mauvais signe.

– Oui, Sandra ?

– On a une chèvre éventrée. Probablement par le loup. À sept kilomètres de Pécou, vers la ferme des Terrenoire. Je préfère vous prévenir : ça commence à gronder. On parle déjà de battue.

– Tu as prévenu Dewick ? Il faut des preuves que ce n’est pas le loup. J’en ai la conviction, il y aurait des indices.

– Oui. Il nous rejoint. Il était sur un vêlage compliqué. Je peux passer vous prendre, Monsieur le Maire. Je sais que vous n’aimez pas conduire.

– Merci, Sandra. Je me tiens prêt.

Camille monta dans la voiture et tendit à Sandra un croissant encore chaud.

– Merci, Monsieur le Maire. Au fait… Marie va bien, ajouta Sandra. Les pompiers parlent de vapeurs d’ammoniaque, mal ventilées. Rien de grave, mais ils ont recommandé des travaux.

– Tant mieux, répondit Camille. On ne plaisante pas avec ça.



Sandra déposa Camille à quelques dizaines de mètres du lieu, pour qu’il puisse « ressentir » l’endroit dans son ensemble. Elle alla ensuite se garer devant le pré, où plusieurs curieux s’étaient déjà regroupés. Des jeunes filmaient avec leur téléphone. Le propriétaire se tenait debout devant la bête morte, sans avoir pensé à la recouvrir.

Sandra le lui fit remarquer. Il répondit qu’à la télévision, on disait toujours de ne pas toucher à une scène de crime. Alors il avait préféré ne rien faire.

Camille longea la route lentement, cartographiant mentalement les lieux. Si on avait voulu que ça se voie, on n’aurait pas pu choisir meilleur endroit, pensa-t-il. Plusieurs véhicules étaient stationnés près du fossé, l’obligeant à marcher sur la départementale.

Une odeur de caoutchouc brûlé l’interpella en passant près d’une fourgonnette. Aucune marque distinctive. Vitres teintées. Très sale. Par réflexe, il nota mentalement la plaque.

Son impression se confirma lorsqu’il arriva près de la clôture. La chèvre gisait à peine à trois mètres de la route, en plein milieu d’un espace découvert, le flanc éventré tourné vers les regards.

– Le loup a le sens de la mise en scène, dit-il à Sandra. Vois avec le propriétaire pour qu’il mette une bâche, s’il te plaît. Ces gens qui regardent… c’est insupportable.

– Oui, Monsieur le Maire.

Pendant que le propriétaire allait chercher de quoi couvrir la bête, Camille remonta vers le sommet du terrain en pente. À quelques mètres seulement, un bosquet de jeunes arbres aurait offert un abri bien plus logique pour un loup. C’était une mise en scène. Il n’en doutait plus.

En contournant le bosquet, il aperçut la clôture du pré voisin. Un âne se tenait près de sa cabane. Camille remarqua aussitôt sa nervosité : les oreilles tournaient, se couchaient. Il faisait semblant de dormir. Son corps tout entier était tendu. Ce n’était pas une posture de repos.

Camille s’approcha lentement. Il arracha quelques carottes sauvages au passage, s’accroupit près du barbelé et en lança une. Puis il attendit, immobile. Il savait que l’âne l’avait vu.

L’animal tourna légèrement la tête, renifla. Regarda Camille. Hésita. Puis s’avança et mangea la carotte.

Camille lui montra qu’il en avait d’autres. L’âne, plus tranquille, s’approcha doucement.

– Voilà… doucement. Tu me connais maintenant. Je suis sûr que tu as tout vu, toi. Tu étais aux premières loges. On va essayer de discuter, toi et moi.

Derrière lui, une portière claqua. L’âne se figea aussitôt. Il cessa de mâcher et fixa la direction du bruit.

Camille se retourna : la fourgonnette. Un homme en sweat à capuche monta à bord et démarra. Le moteur émit un râle de mécanique fatiguée avant de s’éloigner.

L’âne se détendit presque aussitôt.

Camille lui flatta l’encolure, murmura quelques mots, puis repartit, satisfait.

– Je vous ai vu, Monsieur le Maire, lança Sandra. Vous allez me dire que l’âne vous a parlé, c’est ça ? Elle plaisantait, mais s’attendait à une réponse déconcertante.

– Oui, Sandra. L’âne m’a parlé.

Et ce n’est pas un loup, notre coupable. Je crois même qu’il vient de partir.

– Vous plaisantez ?!

– Tu avais vu juste, Camille, dit Dewick en les rejoignant. Les traces de morsure sont grossières. Peut-être un chien. Mais pas un loup. Et ils ne l’auraient pas laissé là non plus.

– C’est aussi mon avis, répondit Camille en regardant Sandra avec un léger sourire.



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