Épisode 7 : (1/2) pas de lézards…
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Ce printemps s’annonçait anormalement chaud. À l’ombre de la
tonnelle du bistrot de Pécou, Camille buvait un verre avec Geoffroy,
le président de l’ACCA, et Martial, le chef de battue. Les trois
hommes se connaissaient depuis longtemps. Ils n’étaient pas
toujours d’accord, mais ils se respectaient.
Camille, lui,
avait un message à faire passer. Et connaissant le tempérament de
Martial, il faudrait de la finesse.
– Ça tombe bien qu’on se voie aujourd’hui, commença-t-il. Il faudrait que je vous parle.
Martial se raidit aussitôt, crispant la main autour de son verre. Geoffroy, plus posé, prit les devants.
– Quoi encore… Les écolos ? Les randonneurs ? Les cyclistes ? Les défenseurs du hérisson tigré ? C’est qui, cette fois ?
Le ton était calme, presque amusé, mais Camille connaissait la posture. Défensive. Réflexe.
– Francine, lança-t-il vers le comptoir, tu peux nous remettre une tournée ? C’est pour moi.
Martial esquissa un sourire.
– Nom de Dieu… Si le maire nous paye un coup, c’est que c’est sérieux.
Camille éclata de rire.
– Voyons, les gars. On se connaît quand même. Non, pas de plainte, pas de courrier. C’est juste… une inquiétude.
– J’écoute, dit Geoffroy.
– La tourterelle des bois. J’en vois de moins en moins. Vous aussi, sûrement. On en avait déjà parlé. Là, on est en pleine nidification. Si on pouvait retarder un peu le broyage des haies, laisser quelques zones tranquilles… Et puis, l’an prochain, y aller doucement.
Martial soupira, mais sans colère.
– On n’est pas des sagouins, Camille.
– Je le sais, répondit-il simplement. Justement.
Geoffroy hocha la tête.
– On en parle entre nous aussi. Certaines haies, on n’y touche plus avant juillet. Et pour l’automne… on avisera. Si elles ne passent plus, ça ne sert à rien de tirer.
Un silence. Puis Martial ajouta, plus bas :
– On ne tire pas sur ce qu’on ne reverra pas l’année d’après.
Camille acquiesça.
– Merci.
À ce moment-là, Martial releva la tête.
– Au fait… Tu devrais passer à la ferme de José. Il s’est battu avec Lionel. Ça a failli dégénérer.
– Encore ces deux-là… soupira Camille. Bon. J’y vais.
Être maire n’était pas toujours simple. Mais Camille adorait ça.
La ferme de José se trouvait à sept kilomètres du bourg. Parfait pour un tour de vélo. Quand Camille arriva, il trouva l’éleveur penché sur une vache couchée dans la paille.
– Salut José. Qu’est-ce qu’elle a ?
– Pas assez de lait. Le veau peine à téter. Si ça continue, je vais le perdre.
Il releva la tête, les yeux rouges.
– Va falloir que tu ailles voir Lionel. Avant que je fasse une connerie. Parce que la prochaine fois, ce sera pas à coups de poing.
– Calme-toi, José.
– C’est lui, Camille. J’ai pas voulu lui vendre des terres sur l’autre versant. Il l’a mal pris. Maintenant, mes bêtes crèvent.
– Tu as fait venir Dewick ?
– Oui. Prélèvements de sang, de lait. J’attends les résultats.
Camille hocha la tête.
– Je vais aller voir ton pré. Tu pourrais déplacer le troupeau ?
– Normalement, j’attendais encore trois semaines… mais si tu penses que c’est mieux, je le ferai.
– Fais-le. Et n’accuse pas Lionel. Pas encore. Je le connais aussi. Il aime trop les bêtes pour leur faire du mal.
José serra les mâchoires, mais ne répondit pas.
Ils marchèrent vers le pré. Camille ralentit le pas, comme s’il entrait dans un lieu fermé. Quelque chose pesait. Une tension diffuse.
– Tes vaches sont nerveuses, observa-t-il. Regarde-les. Le cou raide, la démarche hésitante.
Il s’accroupit et observa longuement le sol.
Tu peux aller me chercher une bêche ?
Pendant que José s’éloignait, Camille se dirigea vers le petit point d’eau. Il s’assit sur un muret de pierres sèches. Un lézard se chauffait au soleil. Un seul. Immobile. Il ne fuyait même pas. Il aurait dû y en avoir plusieurs à cette heure de la journée.
Un peu plus loin, une vieille clôture abritait un massif d’orties maigres, jaunissantes.
José revint avec la bêche.
– Retourne une motte.
José s’exécuta. Camille plongea la main dans la terre.
– Regarde. Pas un ver. Pas un seul. C’est pas normal.
Il releva la tête.
– Et tes ruches ?
– L’an dernier, j’ai fait un peu de miel. Cette année… j’ai l’impression que ça vole pas beaucoup.
Camille resta silencieux un instant.
– Ce pré ne vibre plus, José.
Je ne sais pas encore pourquoi, mais il y a quelque chose qui perturbe le vivant ici. Et ce n’est pas un homme. N’accuse pas Lionel. On cherche ailleurs.
José souffla longuement.
– Merci, Camille. Je déplace le troupeau dès ce soir.
– Je passe voir Dewick. On va comprendre.
Camille reprit son vélo. Derrière lui, le pré restait étrangement silencieux.
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