Épisode 1 : Atout carpe
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Ce matin-là, le maire de Pécou, magnifique village accroché depuis plus d’un millénaire au flanc de la montagne bourbonnaise, inspectait l’avancée des travaux sur la toiture de l’église lorsqu’on l’interpella.
– Monsieur le maire, je vous cherchais.
Camille se retourna.
– Bonjour Gaspard. Comment vas-tu ?
Qu’est-ce qui t’amène ?
– J’ai encore trouvé une carpe morte ce matin, au plan d’eau du moulin. C’est déjà la troisième ce mois-ci.
Camille fronça légèrement les sourcils.
– C’est
inquiétant. Je vais aller voir ça. Tu l’as gardée ?
–
Oui, dans le coffre.
– Allons-y.
Ils montèrent dans la voiture de Gaspard et prirent la direction de la clinique vétérinaire.
– Il est mort, ton poisson. Je ne peux rien faire pour lui, lança Dewick en voyant entrer le maire, la carpe dans les bras.
– Sans blague. J’aimerais que tu l’analyses rapidement si possible. C’est la troisième en un mois. Je crains un empoisonnement.
Le vétérinaire se pencha, observa plus attentivement.
–
Tu as raison. La couleur des branchies n’est pas normale. Je m’en
occupe. Je t’appelle dès que j’ai quelque chose.
– Merci.
Camille passa ensuite à la mairie et appela la garde-champêtre.
– Sandra ? C’est Camille. Tu peux m’accompagner au moulin ?
Suspicion d’empoisonnement.
– Je passe vous prendre. Dix
minutes.
Arrivés au plan d’eau, Sandra sortit sa trousse pour procéder
aux prélèvements. Camille, comme toujours, commença autrement.
Il
ferma les yeux un instant, puis se mit à marcher lentement,
observant chaque détail.
Il s’accroupit près de la berge. Des carpes nageaient
paisiblement, sauf une. Elle tournait sur elle-même, s’approchait
du bord, repartait, revenait. Camille comprit que ce n’était pas
un hasard.
Il se leva et la suivit du regard. La carpe
s’éloignait par petites impulsions, se retournait parfois, comme
pour vérifier qu’il était toujours là. Elle le guida jusqu’à
l’extrémité du plan d’eau, là où un petit ru se jetait dans
l’étang. Elle s’immobilisa, effectua plusieurs cercles, puis
disparut.
Camille s’engagea dans le cours d’eau. Les ronces rendaient la progression difficile. Quelques mètres plus loin, une petite retenue laissait apparaître une mousse aux reflets argentés, accrochée à une branche.
– Sandra ! Appela-t-il. Tu peux venir par ici avec ton matériel, s’il te plaît ?
Elle arriva sans poser de questions. Elle connaissait Camille depuis l’enfance. Les légendes aussi. L’homme qui parle au vent, disait-on. Elle ne s’étonna pas de le trouver accroupi au milieu des ronces.
– Regarde ce dépôt. Ça vient de plus haut. Il faudra revenir avec de l’équipement, ou trouver un autre accès.
– J’ai fait le prélèvement. Venez, on va passer derrière le moulin. Il y a un accès par le champ.
Ils contournèrent le bâtiment, suivirent la rivière principale, puis redescendirent la pente pour rejoindre le ru. Camille s’arrêta net. Il posa la main contre le tronc d’un peuplier et ferma les yeux. Avança de quelques pas. Recommença.
Sandra observa en silence.
Soudain, Camille changea de direction, accéléra, glissa dans un
fossé et disparut de sa vue.
– J’ai trouvé !
Elle le rejoignit. Une dizaine de bidons rouillés gisaient là, dissimulés sous des branches mortes. Certains étaient percés. Un liquide visqueux s’en échappait lentement.
– Ils sont là depuis longtemps, dit Camille. La rouille a fini le travail. La pollution vient sûrement de là.
Sandra photographia, balisa la zone, préleva un échantillon.
–
On peut y aller. Je fais analyser tout ça et j’appelle le service
compétent pour l’enlèvement.
Camille hocha la tête. Le plan d’eau avait parlé.
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