Premier jour : L'acceuil

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Espoirs nationaux – catégories poussins et benjamins (7 à 10 ans)
15 enfants regroupés au centre omnisports de Nevers.
La plupart d’entre eux n’a encore jamais quitté la maison seuls.



Premier jour : l’accueil

Ce lundi de juillet commence par un accueil chaleureux.

Les parents tiennent les sacs. Les enfants tiennent les parents.

L’entraîneur en chef présente le programme du stage et parle d’engagement.

Le préparateur physique parle biomécanique et de culture de la gagne. Un ancien champion d’Europe raconte son parcours. Les enfants le voient comme un super-héros en survêtement.

Karim et Léa, les animateurs, aident à la mise en place des séances. Mais leur vraie mission va commencer après le gymnase.

Les parents s’en vont après les derniers conseils et les derniers baisers. Léa récupère une liste : allergies, intolérances, rituels du coucher, doudous officiels et de secours.
Chaque année, la liste s’allonge.

L’entraînement commence dans le calme et la discipline. Le champion regarde. Les enfants veulent bien faire.

Tout se passe pour le mieux.
— Le calme avant la tempête, glisse discrètement Karim à Léa, qui sait que la première soirée sera bien plus sportive que la journée.

Après les étirements, l’entraîneur en chef annonce le programme du lendemain et quitte la salle. Pour lui, la journée est terminée.
Pour Karim et Léa, elle commence.

Direction : la douche.

Et c’est là que le vrai sport commence.

— Bon. On se divise ? propose Karim, naïf.
— Comme l’année dernière ? Tu gères les rapides, je m’occupe des cas… répond Léa, presque compatissante.

Les « rapides » sont ceux qui savent ouvrir un mitigeur, se laver, se sécher et se rhabiller seuls.
Autant dire : quatre enfants.

Le reste… c’est une anthropologie miniature.

1. Le refus catégorique

Tom reste planté devant la cabine, les bras croisés sur son petit tee-shirt Spiderman.
— J’me lave QUE chez moi.
— Mais Tom…
— QUE. Chez. Moi.

Comme s’il avait négocié un traité de non-agression avec l’eau.

2. Le petit pois solitaire

À la cantine du midi, Léa a remarqué Hugo, qui mange ses petits pois… un par un.

Là, sous la douche, il applique le même principe : un mince filet d’eau qu’il regarde tomber avant de mouiller une main, puis l’autre, puis un bras…

La douche prend vingt-cinq minutes.
Pour un enfant d’un mètre vingt.

3. Le dramaturge

— Léa…
— Oui, Nolan ?
— Si ma maman était là… elle me sécherait avec la serviette ET elle me raconterait une histoire.
— Je peux raconter une histoire, si tu veux.
— … mais t’es pas maman.

Un silence tragique.

— Je sais, Nolan.

Elle commence quand même l’histoire.
Nolan pleure.
Puis Léa aussi — mais en silence, parce que ça commence à faire beaucoup.

Le retour au foyer

Quand ils regagnent le dortoir, Karim a pris dix ans.

— Ils sont couchés ? demande Léa.
Karim hausse les épaules, vaincu.
— Couchés, oui. Endormis… non. On a :
• un qui veut rentrer chez lui,
• un qui dit qu’il entend un fantôme,
• deux qui veulent dormir ensemble « parce qu’on est cousins de cœur »,
• un qui veut appeler son poisson rouge parce qu’il lui manque.

— Bon… souffle un bon coup. On a fait pire.
— Quand ?
— …
— Voilà.

5. L’appel de détresse

À 22 h 56, un petit doigt tapote le bras de Léa.
— Madame ?
— Oui ?
— J’ai besoin d’un câlin de maman pour dormir.
— D’accord… je peux te faire un câlin, si tu veux.
— MAIS ÇA COMPTE PAS !

Il éclate en sanglots. Les autres se réveillent. Le fantôme aussi, apparemment, parce que quelqu’un hurle :
— JE L’AI ENTENDU !

6. La vérité éducative

À 23 h 30, tout le monde dort enfin.

Karim et Léa se retrouvent dans le couloir, assis par terre, adossés aux portes.

— On fait du sport, mais en vrai, on fait surtout de la sociologie, dit Karim.
— Non, corrige Léa.
— Ah ?
— On fait de la survie.

Ils éclatent de rire.

Ils savent que demain, ça recommencera.
Et qu’ils adoreront encore ça — même s’ils ne l’avoueront jamais à la direction.


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