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Affichage des articles associés au libellé Sport

Nouvelles prises

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  Il connaissait toutes les prises sur le bout des doigts. Les réglettes, les bacs, les pinces, les plats. Les arquées qu’il fallait charger avec les dernières phalanges et celles qu’il valait mieux caresser. Il connaissait les murs par cœur, et visualisait son corps évoluer juste en voyant les couleurs. Le rouge en dévers. Le jaune avec le petit croisé au quatrième mouvement. Le bleu qui semblait facile jusqu’à ce qu’on arrive au dernier volume. Il connaissait aussi son corps. Le placement du bassin. La tension dans les abdos. La pointe du pied qui se pose sans bruit. Le moment précis où il fallait pousser avec les jambes plutôt que tirer avec les bras. Dans sa salle, il était chez lui. Sous ses pieds, il y avait toujours un tapis, épais, moelleux, rassurant. On pouvait tomber, c’était même agréable. Alors, lorsque son ami lui proposa une sortie en falaise, il accepta avec le sourire de celui qui pense simplement changer de décor. La première prise lui parut étrang...

Green boots

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 Je m'appelle Garance et j'ai toujours adoré les défis. J'ai rencontré Jean-Loup il y a trois ans, pendant le tour du Mont-Blanc. Nous avons marché ensemble quelques jours. Lui préparait l'ascension de l'Everest. Un soir, porté par l'enthousiasme, il m'a proposé de l'accompagner. J'ai d’abord accepté, puis j'ai réfléchi et j’ai refusé : pas le niveau. Jean-Loup a ri. – Viens au camp de base d'abord. Juste pour voir. Quelques mois plus tard, je passais une semaine à plus de cinq mille mètres d'altitude. Je découvrais le manque d'oxygène, les nuits courtes, les maux de tête et les marches d'acclimatation. Mais surtout, je découvrais l'Everest. Chaque matin, il était là. Je me réveillais en le regardant, je mangeais en le regardant. Je me couchais en y pensant. Je ne pouvais plus détacher mes yeux ni ma pensée de cette montagne. Alors, en redescendant, je me suis fait une promesse. Je reviendrai, et j'irai jusqu...

Ceux grâce à qui c'est possible

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 (Hommage discret à tous les bénévoles) La finale venait de se terminer. Dans quelques minutes, les joueurs monteraient sur le podium pour la remise des prix. Six bénévoles le transportaient à bout de bras jusqu’au centre de la salle. Il était lourd et bancal, comme tout le matériel qu’on finit par connaître à force de le monter, démonter, réparer. Autour d’eux, l’ambiance était encore à l’euphorie. On se congratulait. Le vainqueur posait avec sa coupe. Le maire serrait des mains. Une équipe de France 3 Région filmait les derniers sourires du tournoi. Et eux ? Ils avaient déjà des sacs-poubelle à la main. Dans les gradins, des gobelets écrasés, des papiers gras et des emballages traînaient partout – malgré les poubelles, malgré les affiches rappelant qu’il était interdit de se restaurer dans la salle. Ils soupiraient parfois, mais sans colère. Ils avaient l’habitude. Pendant trois jours, plus de quatre cents joueurs, entraîneurs, parents et accompagnateurs avaient travers...

La course

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 J’ai tout préparé au millimètre. Deux gourdes pleines sur le vélo. Les chaussettes remplies de talc pour que les pieds mouillés glissent – j’ai vu des pros faire ça. Les chaussures sont parfaitement alignées, ouvertes juste ce qu’il faut. Rien ne dépasse, je suis prêt. Je prends des cours de natation depuis un an. C’est mon point faible. Pas une question de chrono – une question d’énergie. Si je sors trop entamé, tout le reste s’effondre. Le départ est donné. Ça pousse immédiatement. Des bras, des épaules, des jambes dans tous les sens. Si je ne m’impose pas, je recule. L’eau froide s’infiltre dans la combinaison, me traverse comme un courant électrique. Je m’agite, je lutte pour garder un cap, pour trouver un espace. Puis ça s’ouvre, enfin. Mes lunettes tiennent. Ma respiration se cale. Les gestes deviennent plus propres. Je sais que je perds du terrain, mais moins que d’habitude. Je glisse un peu mieux. Mille cinq cents mètres avec un léger courant contraire. C’est dur,...

Sixième jour : Le Tournoi Final

 9 h 02. Gymnase décoré de banderoles légèrement de travers. Les Parents sont dans les tribunes. Téléphones prêts. Les enfants ont des cernes. Mais aussi une énergie de finale olympique. Karim rassemble le groupe. — Aujourd’hui, pas de protocole. — Pas de PDF, ajoute Léa. — Juste vous. Ils entrent dans la salle comme des gladiateurs miniatures. L’entraîneur donne les consignes finales et lance le début des hostilités. Les enfants s’affrontent avec détermination. On entend des encouragements, des cris, des pleurs, Hugo compter ses pas à voix basse, Lucas murmurer « tirer dans le fils », Zoé interrompre un point pour sauver une sauterelle, Nolan jouer pour le public. Les parents applaudissent comme s’ils étaient aux JO. Le vainqueur de la finale lève les bras. Le perdant sourit quand même. Karim murmure : — Voilà. Ça, c’est du sport. Le Bilan devant les parents 17 h 42. Salle polyvalente. Parents assis, légèrement inquiets. L’entraîneur en chef parle d...

Quatrième jour — La Cantine Impossible

  (Jour 4 12h07 — Cantine du centre, où le chaos règne à chaque service ) Léa a beau avoir affronté des finales régionales, des stages en montagne et une colonie de vacances avec 72 préadolescents, la cantine reste sa zone de turbulences préférée. Aujourd’hui, le menu : — Filet de boeuf sauce aux marrons, — Petits pois (arme de distraction massive), — Pâtes (flottant mystérieusement dans un jus suspect), — Et un fruit qui ressemble à une nectarine passée en machine. Tout va bien… jusqu’à la Table 4 . 1. Le fils du boucher : la masterclass de découpe — Moi, dit Lucas, mon papa il coupe le steak… pas comme ça. Léa lève les yeux. Ça y est. — Ah ? — Oui. Mon papa, il coupe comme ça. S’ensuit une mimique toute en gestes précis, comme un apprenti chirurgien miniature. — Déjà, faut tapoter avec la paume. Pof pof. Pour attendrir. — Oui, d’accord… — Et après, tu coupes dans le fil de la viande. Pas à contre-fil, sinon ça reste coincé entre les dents et ça fait des fils q...

Troisième jour : L’Escrime Électrique (et un peu traumatique)

(Jour 3 — 15h42 — Salle polyvalente, transformée en “piste olympique” par quelqu’un de très optimiste) La Fédération propose une excellente idée : initier les enfants à l’escrime avec des combinaisons électroniques dernier cri , censées s’allumer à chaque touche, pour les “sensibiliser à la précision du geste”. Léa et Karim savent deux choses : Les enfants ne sont pas sensibles à la précision du geste. Les équipements datent probablement de 2008, l’année où la Fédé a dû gagner un budget européen. 1. Le rituel d’habillage : déjà un combat — Les enfants, on met la veste , puis le plastron , puis le masque , explique Karim. — Et on respire après ? demande Tom, à moitié étouffé. — Oui. Si possible. — On dirait un cosmonaute triste, ajoute Hugo. Mettre 15 enfants dans une tenue d’escrime, c’est comme habiller 15 poulpes sous caféine. On finit par accrocher les scratchs avec les dents, par renoncer à aligner les protections, et par dire des phrases qui n’ont jamais été ...

Premier jour : L'acceuil

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 - 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 -  Espoirs nationaux – catégories poussins et benjamins (7 à 10 ans) 15 enfants regroupés au centre omnisports de Nevers. La plupart d’entre eux n’a encore jamais quitté la maison seuls. Premier jour : l’accueil Ce lundi de juillet commence par un accueil chaleureux. Les parents tiennent les sacs. Les enfants tiennent les parents. L’entraîneur en chef présente le programme du stage et parle d’engagement. Le préparateur physique parle biomécanique et de culture de la gagne. Un ancien champion d’Europe raconte son parcours. Les enfants le voient comme un super-héros en survêtement. Karim et Léa, les animateurs, aident à la mise en place des séances. Mais leur vraie mission va commencer après le gymnase. Les parents s’en vont après les derniers conseils et les derniers baisers. Léa récupère une liste : allergies, intolérances, rituels du coucher, doudous officiels et de secours. Chaque année, la liste s’allonge. L’entraînement commence dans ...

Le match

 Je suis gonflé à bloc aujourd’hui et les filles peinent à maîtriser mon rebond. Surtout la timide. Elle a toujours peur de me blesser, alors elle ne me serre pas assez et je lui échappe. Heureusement, la meneuse n’est jamais loin. Elle me saisit, fonce vers le panier, me dribble avec assurance. Elle esquive à droite, à gauche, change de main, feinte. Puis elle m’envoie, d’une trajectoire parfaite, vers celle qui me réclame sans cesse, comme une forcenée. Mais une fois entre ses mains, elle ne sait plus quoi faire de moi. Toujours la même histoire. Elle se retrouve coincée entre deux adversaires et… ça finit par un entre-deux, dans le meilleur des cas. Je connais cet arbitre. Je ne l’aime pas beaucoup : il siffle trop. Surtout elle, il devrait la connaître à force. Elle prend la pose pour le photographe avant de chuter lourdement, comme si un bus l’avait renversée. Son lancer franc s’envole haut. Je répare l’injustice en déviant légèrement ma trajectoire. Elle râle. On se rap...

Double regard entre adversaires : "l'échange"

  Lui : 9 – 10 à la belle, je ne veux plus attaquer. Mes jambes trembles trop. Alors je sers court, comme un lâche peut-être, mais c’est tout ce qu’il me reste. L’autre : Je vois sa main trembler. Je sais ce qu’il va faire : court mou, dans mon coup droit. Il espère juste survivre au point. Je devrais en profiter. Lui : Il attaque comme une brute. Je me jette et je bloque comme je peux. Je prie . L’autre : Son bloc est lent, la balle flotte, j’ai le temps. Je m’ajuste mais j’ai peur, soudain, de gagner. Peur que ça s’arrête. Alors je frappe, en retard. Lui : il a hésité, c’est bon pour moi mais… quoi ? La balle touche l’arrête de la table. Je m’effondre. Et je reste seul avec mes questions pendant qu’il saute de joie.

Les sélections régionales

  C’était la première réunion de la Commission Technique et Sportive Régionale à laquelle Julien, le petit nouveau, assistait. Il avait encore ce regard rond de ceux qui pensent qu’une « sélection régionale » récompense le mérite. On lui laissa une chaise entre le président de la Commission Sportive — un homme qu’on aurait cru né déjà assis au bout d’une grande table — et le Conseiller Technique Régional, occupé à souffler sur son café comme si la température du monde dépendait de lui. « Bon, on commence par les U15 », annonça quelqu’un. Julien regarda la liste, un peu surpris. – Excusez-moi, mais… je ne retrouve pas certains des jeunes les mieux classés ? Un petit silence. Un de ces silences où l’air se crispe, où les stylos cessent de cliquer. Le président sportif éclata d’un rire diplomatique : – Ah ! Oui, bien sûr. Les classements, c’est important… mais ce n’est qu’un indicateur parmi d’autres. (Il appuya tellement sur indicateur que Julien comprit déjà qu’il fallai...

Le sportif superstitieux

  On l’appelait « Talisman Tom ». Personne ne savait très bien s’il était bon… ou juste chanceux. Lui-même refusait de trancher. « pourquoi choisir ? » disait-il en ajustant soigneusement ses chaussettes – toujours tirées jusqu’au genoux. Il enfilait d’abord la gauche, puis la droite – on ne plaisante pas avec ces choses-là. « la chance, ça se travaille comme les muscles » disait-il très doctement quand on lui demandait sa recette. « Attention, ça ne se transmet pas, à chacun de trouver la bonne formule ». il était si sérieux que parfois, on se demandait quand-même… À chaque match, Tom arrivait avec son rituel, un balai de gestes invraisemblables qu’il exécutait avec la gravité d’un prêtre Aztec le jour du solstice. D’abord, il lui fallait toujours la même place dans le vestiaire, et pour les chaussures, c’était d’abord la droite. Puis il accrochait son vieux tee-shirt porte-bonheur – un truc informe, couleur indéterminée qu’il avait p...

Le coach

  « Seule la victoire est belle. » Il répétait ça comme un mantra, un peu trop souvent pour que ce soit encore innocent. « Les fautes ? Faites-les s’il faut, mais toujours dans le dos de l’arbitre. » Il aimait prendre ce ton de vieux sage alors qu’il n’enseignait que la mauvaise foi. « Tricher ? Ce n’est pas vraiment tricher quand on utilise tous les moyens possibles… si ? » Et son sourire disait déjà la réponse. Il marchait toujours torse bombé, chemise trop serrée et lunettes de soleil accrochées derrière les oreilles. Carrure athlétique impressionnante… mais uniquement sur les photos cadrées au-dessus de la taille. En dessous, il avait des jambes aussi fines que des crayons. Ça rendait sa démarche ridicule, et les joueurs pariaient sur une victoire écrasante du haut sur le bas en cas de chute. Fier comme un paon, il arpentait le long du terrain en envoyant les petites phrases qu’il affectionnait. Il se trouvait très drôle : « Pas mal… pour ton niveau. » « T’as le je...