Episode 1 : Salle de pause, Noël approche...

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La bouilloire cliquette, le néon grésille, et dehors, la faute s'agglutine déjà devant les portes automatiques. Dedans, dans la salle de pause trop petite pour autant de monde, les employés du grand magasin se retrouvent autour d'un café trop chaud et d'un ras-le-bol partagé.

Marie , de l'accueil, pose sa tasse avec un soupir dramatique.
– Hier, encore le fou. Celui qui cherche toujours sa femme.
Les autres lèvent les yeux au ciel : ils le connaissent.
– Comme on n'a plus le droit d'utiliser le micro, il est monté sur le tapis d'une caissière.
Paf ! Debout comme Moïse, les bras ouverts : « Chérieeee ! Où es-tu ?! »
Elle mime la scène. Ludo manque s'étouffer de rire.
– La caissière ? demande-t-il.
– Elle ? Elle a continué à scanner. Professionnelle jusqu'au bout. Mais derrière, les clients filmaient. J'attends la vidéo sur TikTok.

Franck , poissonnier, plante sa cuillère dans un yaourt tout en se prenant la tête.
– Hier j'en ai un qui mangeait des huîtres dans le rayon.
– Non…
– Si. La coquille encore dégoulinante. Je vais le voir, poliment : « Monsieur, vous ne pouvez pas manger ça ici. » Et lui, tranquille : « Je goûte avant d'acheter. »
– Comme le coup des melons ? tente un épicier.
– Les melons, c'est déjà une galère… mais là, c'est un autre sport. J'ai cru que j'allais voir les urgences débarquer.

L'épicier renchérit :
– Moi j'ai un client qui m'a ramené trois bouteilles de vin à moitié vides. « C'était pas bon », qu'il me dit.
– À moitié vides ?
– Oui. Et encore, j'suis sûr qu'il avait remis les bouchons au petit bonheur la chance. Il m'a dit : « satisfait ou remboursé. C'est écrit partout dans le magasin. Alors rendez-moi mon argent ! »

Au fond, Sophie , rayonne textile, se masse les tempes.
– À force de leur dire « le client est roi », ils se prennent pour Louis XIV. Les cabines sont un champ de bataille. Hier j'ai retrouvé un pantalon plié…
sur une seule dimension.
– Comment ça ?
– Je veux dire… littéralement roulé en boule. Et un pull coincé dans une plante décorative.
Elle lève les yeux vers le plafond.
– Ils essayent, ça ne leur plaît pas, et
pouf , par terre. C'est comme si le sol était une sorte de panier à linge géant.

Puis Ludo , vendeur télé, lève un doigt. – Moi c'est plus un rayon, c'est une garderie. Les parents présentent leurs mômes devant les télés, lancent un dessin animé, et me disent : « Vous pouvez garder un œil pendant qu'on fait les cours ? » – Tu leur réponds quoi ? – « Non, madame, parce que je suis vendeur télé, pas animateur centre aéré. Et je ne sais pas changer les canapés. » Il boit une gorgée d'eau. – Et hier, y en avait un qui tapait sur tous les écrans pour voir lequel « résonnait le mieux ». J'ai failli faire un AVC.




Un silence s'installe. Le genre de silence où tout le monde se demande secrètement comment ils font pour tenir. Puis Franck sourit, doucement.
– Le pire, c'est qu'on y revient tous demain.
Marie hoche la tête.
– Parce qu'il y en a toujours un, un seul…
– Le client sympa ? propose Ludo.
– Oui. Celui qui te remercie. Qui te demande de commenter tu vas. Qui remet son panier à la place.
Tout le monde approuve.

Le néon grésille encore. Les portes vont bientôt s'ouvrir.
– Allez, conclut Sophie, courage. C'est Noël : la période la plus magique pour les clients… et la plus sportive pour nous.

Ils éclatent de rire. Un rire fatigué, mais vrai. De ceux qui permettent de repartir à l'assaut du magasin – avec un peu d'humanité coincée entre deux rayons.

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