Ceux grâce à qui...
Jean-François posa son nez rouge sur la table, à côté de son café. Il le fit rouler du bout du doigt, pensif.
Laura arriva quelques secondes plus tard, les bras chargés de romans et de magazines. Elle glissa une pièce dans la machine à café.
– Journée difficile ? demanda-t-elle.
Jean-François esquissa un sourire.
– Une petite fille n'avait pas envie que je fasse le clown aujourd'hui. Alors je me suis assis au bout de son lit sans rien dire. Au bout d'un moment, j'ai éternué... et mon nez a traversé la chambre. On a éclaté de rire tous les deux.
Laura rit à son tour avant de s'asseoir en face de lui.
– Ils aiment bien avoir du choix, dit-elle en désignant les livres. À force, je connais leurs goûts. Chambre 102 : des romans d'aventure. Pourtant, il s'endort toujours au bout de trois pages.
– Ça ne vous décourage pas ?
– Non. Quand il se réveille, il me demande : « Alors... ils en sont où ? » Ça veut dire qu'il a encore envie de connaître la suite.
Jean-François regarda son nez rouge.
– Un copain m'a déjà dit : « Tu sers à quoi ? Ils ont leurs parents, les infirmières... »
Il haussa les épaules.
– S'il voyait leurs yeux quand, pendant quelques minutes, ils oublient pourquoi ils sont là... il ne me poserait plus la question.
Laura acquiesça doucement.
– Moi, je ne lis pas seulement des histoires. Pendant une heure, je suis une visite qu'on attend.
Ils gardèrent le silence quelques instants.
Puis Jean-François releva la tête.
– Finalement... on n'a pas les mêmes accessoires.
Laura sourit.
– Non. Mais je crois qu'on fait un peu le même « métier. »
Elle se leva en prenant ses livres.
– J'y retourne. J’ai promis à Simone de finir l’histoire aujourd’hui. Si j’arrive en retard, je vais me faire gronder.
Jean-François remit son nez rouge.
– Et moi, on m'attend dans la salle de jeux. Il paraît qu'on fête un anniversaire aujourd'hui.
Ils quittèrent la salle de pause chacun de leur côté.
L'une avec une pile de livres.
L'autre avec un nez rouge.

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