Articles

Le coup de fil.

Image
 Partie 1 sur 2. – Oui, allô ? – Salut papa. – Salut, fils. Ça va ? – Oui, super. En ce moment, je suis en grande forme. Et toi ? – Ça va. Quelques soucis de vieux. – Arrête ! T’as même pas soixante ans ! – C’est vrai. Mais faudrait quand même que je bouge un peu plus et que je mange un peu moins… Haha. Un silence. – À propos de manger, justement… Quand est-ce que tu viens nous voir ? – Le mois prochain. J’aurai un peu plus de temps. – Super ! On sera dans la bonne saison. Alors, truffade, fondue, tartiflette, raclette… Fais ton choix, j’en salive déjà. Une hésitation. Longue. Trop longue. – Tu es toujours là ? – Oui… mais c’est que… je suis… Il s’arrête. – Tu es quoi ? – Végan. Le père éclate de rire. Un rire nerveux, incontrôlable. – Tu trouves ça drôle ? – Non, excuse-moi. Mais quand j’ai entendu ton hésitation, je ne sais pas… J’ai eu peur. J’ai pensé à quelque chose de grave. Il reprend son souffle. – Mais… végétarien, ça ne te suffisait plus ? – Non, p...

Le pique-nique

Image
  C’étaient les premières vacances à la montagne de la famille Lorinc. Ils n’avaient pas l’habitude de partir si loin et chacun découvrait avec émerveillement les paysages enneigés. Initiation au ski pour tout le monde, promenade en raquettes, grands bols d’air frais… La montagne leur en mettait plein les yeux et plein les poumons. Pour la randonnée, ils avaient emporté un pique-nique et pas mal d’affaires. Peut-être un peu trop. Après quelques kilomètres, Gislain et Sylvie, qui fermaient la marche derrière leurs quatre enfants, commençaient à regretter leur prévoyance. Gislain fit un clin d’œil discret à Sylvie. – Si on en laissait un peu derrière nous, on récupérerait ça au retour. Sylvie regarda les sacs. – Tu as raison. On n’a pas besoin de tout ce confort pour une randonnée. Ils déposèrent quelques affaires derrière un arbre, à l’abri des regards. – Ça va mieux ! lança Sylvie avec un sourire. Deux kilomètres plus loin, l’aîné proposa de s’arrêter près d’une rivière. ...

Jason, influenceur environnemental.

Image
  Dans mon ancienne vie, je travaillais dans la finance. Je parcourais le monde, d’aéroport en hôtel de luxe. La Rolex à trente ans, j’avais réussi ma vie. Pour mes rares vacances, je pouvais aller où je voulais ; j’avais un accès illimité aux vols en classe affaires. Cette fois-ci, j’avais choisi d’aller au Rwanda voir les gorilles. Une rencontre bouleversante. Une heure d’observation, en pleine nature, de la vie d’un clan. Au moment de repartir, je marchais à quelques mètres du groupe quand j’aperçus un garçon qui semblait parler avec un gorille. Je m’arrêtai quelques instants pour observer la scène, puis repris ma marche. J’entendis une voix : – Regarde où tu mets les pieds ! Je m’arrêtai, me retournai et compris que le garçon, qui était à côté d’un gorille, venait de me parler. Par réflexe, je soulevai un pied et vis une petite plante se redresser péniblement. Je regardai le garçon. Il approuva en hochant la tête. – Les colobes adorent ça, dit-il avec un large sourire...

Le néo-buronnier.

Image
  Léo était un garçon posé et raisonnable, sauf quand il était sur sa moto. Là, il perdait toute notion du danger. Il était grisé par la vitesse, surtout lorsqu'il pouvait épouser le tracé sinueux des routes de montagne. Il se couchait dans les virages et exultait quand sa genouillère projetait des étincelles sur le bitume, tandis que le décor se fondait autour de lui comme une image accélérée. Ce jour-là, il n'avait pas vu le panneau. Une fine bruine et des nuages bas rendaient la visibilité médiocre sur le plateau de l'Aubrac. Un dépassement dans un virage, une masse sombre qui surgit devant lui, un coup de frein trop tardif. Léo percuta le tracteur. Il fut projeté de sa moto et termina sa course dans la bétaillère. Ce fut une sacrée pagaille. Les vaches affolées meuglaient, se bousculaient et cherchaient à s'échapper. Par une chance inouïe, Léo ne fut pas piétiné. L'agriculteur, qui avait garé son tracteur sur le bas-côté, retrouva le jeune homme inconscie...

La poignée de terre.

Image
  Jean-Louis regardait ses factures. Il les empilait sans les lire. Les feuilles se succédaient comme des saisons de plus en plus mauvaises. – Ce n'est plus tenable, Marie. Il parlait sans lever les yeux. – Chaque année, j'augmente les doses d'engrais, je traite davantage, je laboure plus profond... et chaque année je récolte moins. On me dit de continuer, d'investir encore, d'acheter un matériel plus performant. J'ai fait tout ce qu'on m'a conseillé pendant quarante ans... et j'ai l'impression de m'être perdu en chemin. Marie ne trouva rien à répondre. Depuis quelques mois, elle voyait son mari s'enfoncer un peu plus chaque soir dans son fauteuil, le regard perdu vers la fenêtre. Elle posa doucement une main sur son épaule. Le lendemain, elle appela leur fils. Deux semaines plus tard, Romain franchit le portail de la ferme. Son père était assis devant le poêle. – Tiens... le botaniste. – Bonjour, papa. Ils échangèrent une ...

ça peut servir...

Image
  – Ça fait des années que je te dis de vider cette grange et que tu me réponds : « On ne sait jamais, ça pourrait servir. » Et maintenant qu'on déménage, tu passes tes journées à faire des allers-retours à la déchetterie ! Jean-Marc haussa les épaules sans répondre. Il retourna vers la remorque et souleva une caisse remplie de charnières, de robinets, de morceaux de tuyaux, de poignées de porte et de vis soigneusement triées. Une vie entière de « ça peut servir ». Il avait commencé par donner tout ce qui pouvait encore rendre service : à la recyclerie, sur Geev, sur les groupes Facebook. Vendre ne l'intéressait pas. Si un objet pouvait être utile à quelqu'un, autant le lui offrir. Mais il restait encore des montagnes de choses dont personne ne voulait. À la déchetterie, il jetait chaque objet avec un petit pincement au cœur. Autour de lui, les bennes débordaient de trésors oubliés. « Incroyable tout ce que les gens peuvent jeter... », pensa-t-il. Il tentait de fair...

Un métier d'avenir.

Image
  Rose avait beaucoup changé depuis son entrée en quatrième, et ses parents commençaient sérieusement à s'inquiéter. – Qu'est-ce qu'on fait, Luc ? On demande un rendez-vous avec le professeur principal ? – Pourquoi ? Son bulletin est si mauvais que ça ? – Non, elle a quatorze de moyenne. De ce côté-là, tout va bien. Mais tu ne trouves pas qu'elle devient... étrange ? Luc réfléchit. – C'est vrai que je ne sais pas ce qu'elle fabrique au fond du jardin. Elle nous interdit d'y aller. – Et ce seau dans la cuisine... Tu as vu ce qu'elle a écrit dessus ? Luc lut l'étiquette. Collecteur de ressources. Intrigué, il souleva le couvercle, grimaça et le referma aussitôt. – On est obligés de garder ça ici ? – Tu vois ! Et elle ne veut plus faire son stage de troisième dans mon agence de communication. Elle m'a parlé d'un jardinier... ou quelque chose comme ça. Luc manqua de s'étrangler. – Tu en as parlé avec elle ? – Elle dit qu'ell...