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Affichage des articles associés au libellé Animaux

Le coup de fil

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 Partie 2 sur 2 – Tout est prêt, dit Pascal à Clémence. Finalement, les recettes ne manquent pas. Je pense qu’on va tous se régaler. Sur la table, une tarte fine aux légumes rôtis côtoie une salade de lentilles aux herbes fraîches. Au four, un gratin de pommes de terre termine de dorer. Pascal a préparé une sauce crémeuse aux champignons et aux échalotes, sans lait ni beurre. Clémence goûte une bouchée. – J’avoue que je suis surprise. Cette sauce est vraiment excellente. – Et le gratin ? Elle reprend une bouchée. – Tu veux vraiment mon avis ? – Oui. – Il est meilleur que celui que tu fais d’habitude. Pascal la regarde, faussement vexé. – N’oublie pas, Clémence, tu n’es pas au courant. – Ne t’inquiète pas. Je suis une très bonne actrice. Ils rient. Ils ont réussi à réunir toute la famille, ce qui n’arrive pas souvent. La sonnette retentit. Pascal ouvre. – Ça fait plaisir de te voir ! Son fils l’embrasse. – C’est vrai que tu as bonne mine, dis donc ! – Je suis en p...

Le coup de fil.

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 Partie 1 sur 2. – Oui, allô ? – Salut papa. – Salut, fils. Ça va ? – Oui, super. En ce moment, je suis en grande forme. Et toi ? – Ça va. Quelques soucis de vieux. – Arrête ! T’as même pas soixante ans ! – C’est vrai. Mais faudrait quand même que je bouge un peu plus et que je mange un peu moins… Haha. Un silence. – À propos de manger, justement… Quand est-ce que tu viens nous voir ? – Le mois prochain. J’aurai un peu plus de temps. – Super ! On sera dans la bonne saison. Alors, truffade, fondue, tartiflette, raclette… Fais ton choix, j’en salive déjà. Une hésitation. Longue. Trop longue. – Tu es toujours là ? – Oui… mais c’est que… je suis… Il s’arrête. – Tu es quoi ? – Végan. Le père éclate de rire. Un rire nerveux, incontrôlable. – Tu trouves ça drôle ? – Non, excuse-moi. Mais quand j’ai entendu ton hésitation, je ne sais pas… J’ai eu peur. J’ai pensé à quelque chose de grave. Il reprend son souffle. – Mais… végétarien, ça ne te suffisait plus ? – Non, p...

Le néo-buronnier.

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  Léo était un garçon posé et raisonnable, sauf quand il était sur sa moto. Là, il perdait toute notion du danger. Il était grisé par la vitesse, surtout lorsqu'il pouvait épouser le tracé sinueux des routes de montagne. Il se couchait dans les virages et exultait quand sa genouillère projetait des étincelles sur le bitume, tandis que le décor se fondait autour de lui comme une image accélérée. Ce jour-là, il n'avait pas vu le panneau. Une fine bruine et des nuages bas rendaient la visibilité médiocre sur le plateau de l'Aubrac. Un dépassement dans un virage, une masse sombre qui surgit devant lui, un coup de frein trop tardif. Léo percuta le tracteur. Il fut projeté de sa moto et termina sa course dans la bétaillère. Ce fut une sacrée pagaille. Les vaches affolées meuglaient, se bousculaient et cherchaient à s'échapper. Par une chance inouïe, Léo ne fut pas piétiné. L'agriculteur, qui avait garé son tracteur sur le bas-côté, retrouva le jeune homme inconscie...

Jean-Hugues, bagueur d'oiseaux.

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 Série : les métiers de l'invisible. Pour les vacances, la famille Vidal avait installé sa tente sur les bords de la Canche, dans la baie d'Authie. Le mot d'ordre était simple : ralentir. Moins d'écrans, moins de stress, plus de nature. Fabrice avait accepté... à une condition : son jogging quotidien restait sacré. Chaque matin, avant le réveil du camping, il partait courir deux heures et demie, Strava activé, bien décidé à améliorer son classement. Chaque matin aussi, il croisait le même homme. À l'aube, près des oyats, celui-ci tendait de grands filets presque invisibles entre deux piquets. Il travaillait avec une patience étrange, comme si le temps n'avait plus d'importance. Un drôle d'oiseau... , se disait Fabrice en passant. Les trois premiers jours, il se contenta de ralentir l'allure. Le quatrième, il regarda sa montre. Le cinquième, il mit Strava en pause. Le sixième, il s'approcha. – Bonjour... Excusez-moi. Je vous vois ici to...

les métiers de l’invisible ; Guyone, comportementaliste animalière.

 Le studio battait son plein, l’ambiance était tendue. Le tournage avait pris du retard. Sur le plateau, personne n’aimait travailler avec le cheval. On disait qu’il était nerveux. Imprévisible. Qu’il “sentait mal les gens”. Un assistant s’était déjà fait mordre. Une figurante refusait désormais de s’en approcher. — Il nous faut un autre animal, avait tranché le réalisateur. Ou du numérique. Mais le budget ne suivait pas, et la scène exigeait un plan serré. Une présence réelle. Une respiration. Quelque chose que la machine ne savait pas encore reproduire. Alors on l’avait appelée. Officiellement, elle était “comportementaliste animalière”. Officieusement, personne ne savait très bien. Elle n’avait ni tenue de dresseur, ni matériel particulier. Juste une façon de se tenir un peu à côté du monde, comme si elle écoutait autrement. Guyone entra doucement dans le paddock. Le cheval leva la tête, oreilles droites. Puis recula d’un pas, agité. — Vous voyez ? lança quelqu’un der...

Les métiers de l’invisible : Augustin, fauconnier.

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 Personne ne le remarque. C’est précisément le but. Augustin est effaroucheur d’oiseaux. Il travaille à l’aube, quand la lumière hésite encore et que les avions n’ont pas tout à fait commencé leur danse lourde au-dessus du tarmac. Parfois sur un aéroport, parfois dans des vignes, parfois sur un toit d’usine où les mouettes prennent la ville pour une falaise. Son métier n’est pas de chasser. Encore moins de tuer. Il doit convaincre. Avec un faucon sur le poing, un cerf-volant en forme de rapace, un simple bruit, une silhouette dans le ciel — il rappelle aux oiseaux qu’il existe un ailleurs plus tranquille. Il ne leur interdit rien. Il leur suggère une autre direction. Il est spécialiste du “plutôt là-bas”. Ce qu’Augustin aime, c’est que son travail se mesure en absences. Un avion qui décolle sans incident. Une vigne sans nuage d’étourneaux. Un entrepôt dont le toit reste silencieux. On ne remercie jamais l’effaroucheur. On remercie l’ingénieur, le pilote, le vi...

Épisode 5 : Premier contact

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 -  1  -  2  -  3  -  4  -  5 -  6  -  7  -  8  -  9  - Camille avait marché plus longtemps que prévu. Il ne lui restait plus beaucoup d’heures de jour. Il allait devoir rebrousser chemin. Il décida toutefois d’atteindre le dernier repère sur sa carte, afin de quadriller complètement la zone. Il reviendrait demain. Le sentier déboucha sur un embranchement. À gauche, un chemin carrossable, visiblement fréquenté : traces de pneus, écriteaux, poubelles. À droite, moins d’entretien. Quelques branches « tombées » barraient le passage. Intuitivement, les promeneurs iraient à gauche. Camille choisit la droite. Les branches étaient volontairement déposées. Coupées. Pas cassées. Il poursuivit dans cette direction. Les bois devenaient plus denses, moins entretenus. Une forêt domaniale. Camille s’arrêta net. Il venait de reconnaître une odeur. Il l’avait déjà remarquée récemment. – Caoutchouc brûlé… L...

Sur les épaules… des chevaux

  Ces textes doivent beaucoup à l’émission «  sur les épaules de Darwin de Jean-Claude Ameisen » et tentent seulement de prolonger l’émerveillement que j’ai ressenti en l’écoutant. 1 Sommeil partagé Dans un pré silencieux, à l’aube, les chevaux semblent dormir. Debout. Une jambe repliée. Les yeux mi-clos, les muscles relâchés, le corps prêt à fuir. Longtemps, on a cru qu’ils ne dormaient jamais vraiment. Comment un animal aussi massif pourrait-il se permettre l’abandon total du sommeil, là, au milieu du monde, sans mur ni porte ? Puis l’observation patiente a révélé autre chose. Ils dorment. Mais pas tous. Pas en même temps. Pendant que l’un s’enfonce dans un sommeil profond de quelques minutes, un autre reste éveillé. Les oreilles orientées. La respiration attentive. Le regard ouvert sur l’horizon. Le sommeil, chez les chevaux, est une affaire collective. Une confiance partagée. Aucun chef ne décide. Aucun signal ne s’impose. Pourtant, le relais s’organ...

Youtubeur militant

 Je suis arrivé avec ma caméra chargée, mes idées claires et mes phrases déjà prêtes. Je pensais filmer une nouvelle aberration du système, récolter quelques images fortes, faire parler deux ou trois “acteurs du terrain”, puis rentrer monter la vidéo. Comme d’habitude. Je défends la cause animale depuis des années. Je suis végétarien par conviction. J’ai dénoncé les pesticides, les élevages industriels, l’arrachage des haies, la course aux rendements, la violence faite au vivant. Et souvent, j’ai parlé des agriculteurs comme d’un bloc, d’un problème global, d’un archaïsme à corriger. Cette fois, il s’agissait d’un troupeau menacé d’abattage. Pas parce qu’il était malade. Pas parce qu’il représentait un danger réel. Mais parce qu’une directive, rédigée loin d’ici, avait décidé que le risque, aussi théorique soit-il, justifiait la disparition de bêtes parfaitement saines. Quand je suis arrivé, il faisait froid. Il y avait des tracteurs à l’arrêt, des bottes pleines de boue,...

La part laissée

  Il avait invité ses collègues pour un repas simple. Un samedi tranquille, les enfants jouaient dans le jardin, et l’air sentait le thym. Quand il posa le plat sur la table, l’un d’eux sourit : – Oh, en plus de ne pas aimer le foot, tu es devenu végétarien ? Le ton était léger, presque moqueur, comme si c’était une excentricité passagère. Il haussa les épaules. – pas vraiment… j’ai réduit, j’essaye de faire un peu attention, je tente des trucs. Ce n’était pas un discours. Juste une phrase. Les autres continuèrent de parler : foot ( pour l’embêter), boulot, vacances. Lui, il écoutait à moitié, distrait par un souvenir récurent. Un veau perdu au milieu d’une route de campagne. Quelques jours à peine. Il avançait comme un enfant qui apprend à marcher, maladroit, tout en pattes . Quand il s’était approché, l’animal avait levé la tête, surpris, puis il avait tendu le museau. Comme ces gestes simples qu’on fait sans y penser, les gestes de ceux qui n’ont...