Les mots d'Arthur.
Chapitre 6 : à la fin de l'envoi...
Ce samedi-là, la maison est enfin silencieuse. Ses parents sont partis faire les courses et Arthur règne seul sur sa chambre.
Il ouvre son exemplaire de Cyrano de Bergerac. Très vite, il oublie les pages. Il déclame, arpente la pièce, prend une voix grave pour De Guiche, une voix insolente pour Cyrano. Une règle devient une épée. Il esquive une attaque imaginaire, riposte, salue un adversaire invisible.
Il connaît désormais presque par cœur la tirade du nez. Le livre reste ouvert sur son bureau tandis que les vers sortent tout seuls.
« Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme
!
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme.
En
variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : "Moi, monsieur, si j’avais un
tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse !"…
»
Arthur poursuit jusqu'au bout de la tirade avant d'enchaîner aussitôt sur le duel. Il fend l'air de sa règle devenue épée.
« Je jette avec grâce mon feutre,
Je fais
lentement l’abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et
tire mon espadon ;
Élégant comme Céladon,
Agile comme
Scaramouche,
Je vous préviens, cher Myrmidon,
Qu’à la
fin de l’envoi, je touche ! »
Il achève sa révérence devant un public imaginaire au moment précis où la porte d'entrée s'ouvre discrètement.
Dans le couloir, Olivier et Christel déposent leurs sacs de courses. En entendant la voix de leur fils résonner dans toute la maison, ils s'immobilisent.
– Finalement, notre idée du ciné-club n'était peut-être pas si mauvaise, glisse Olivier.
Christel sourit sans quitter la porte des yeux.
– Qui l'aurait cru ? Au début, c'était un film par mois. Maintenant, c'est lui qui réclame sa séance du samedi.
Ils échangent un regard attendri avant de rejoindre la cuisine sans interrompre Arthur.
Quelques minutes plus tard, la famille est installée autour de la table. L'ambiance est légère. Arthur raconte avec enthousiasme une anecdote sur Edmond Rostand, évoque le panache de Cyrano, s'émerveille encore de la richesse des dialogues. Ses parents l'écoutent avec bonheur. Depuis quelque temps, ils le sentent plus vivant, plus curieux, comme si quelque chose s'était doucement ouvert en lui.
Puis Christel consulte machinalement son téléphone.
Son sourire disparaît.
– Arthur...
Il relève aussitôt la tête.
– Oui, maman ?
– Nous venons de recevoir une convocation du principal sur l'ENT. Tu peux nous expliquer ?
Arthur fronce les sourcils, sincèrement surpris.
– Je ne comprends pas. Je t'assure que j'ai beaucoup travaillé ces derniers temps. Les résultats ne sont pas encore à la hauteur de mes efforts, surtout en français. J'étais très déçu de ma dernière note. Si tu veux, je peux te montrer ma copie. Tu verras que certains passages étaient pourtant bien argumentés.
Olivier intervient, plus pragmatique.
– Et les maths ?
Arthur acquiesce aussitôt.
– Les sciences constituent un problème d'une autre nature. J'éprouve quelques difficultés de compréhension, ce qui affecte inévitablement ma concentration. La conséquence directe, c'est la faiblesse de mes résultats. Je reconnais volontiers mes limites dans ce domaine. Si vous estimez que des cours de soutien sont nécessaires, je suis tout à fait disposé à les suivre.
Christel échange un regard avec son mari.
Puis elle repose lentement son téléphone.
– Arthur... la convocation ne parle pas de tes notes.
Il cesse de mâcher.
– Ah bon ?
– Non.
Un silence s'installe.
– Elle concerne... ton comportement.
Arthur repose lentement sa fourchette. Son regard passe de sa mère à son père.
– Mon... comportement ?

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