Les mots d'Arthur.
Chapitre 7 : La fissure.
Mme Tricot distribue elle-même les copies et se réserve Arthur pour la fin.
Elle lui tend finalement sa feuille. Un 12 est inscrit en haut de la page, accompagné d'un sobre En progrès.
– Je constate avec plaisir que tu t'es donné du mal pour ce devoir. Mais, encore une fois, je ne te demande pas de remplir cinq pages et…
Elle fait glisser son doigt sur la copie.
– Ah, voilà. Aujourd'hui, nous avons droit à superfétatoire, homérique et… subséquemment. Là aussi, des efforts. Tes sources, cette fois ? Victor Hugo ? Théophile Gautier ?
Arthur sent les larmes lui monter aux yeux, mais répond avec le plus grand naturel.
– Non, madame. Achille Talon et Kid Ordinn.
Mme Tricot relève lentement la tête.
– …Pardon ?
– De la bande dessinée, madame.
Elle reste figée.
Elle regarde Arthur.
Puis la copie.
Puis Arthur de nouveau.
– C’est une blague ?
Un rire éclate au fond de la classe, puis un deuxième.
En quelques secondes, c'est l'hilarité générale.
Le visage de Mme Tricot se ferme. Elle frappe sa main sur le bureau d’Arthur.
– SILENCE ! Ou je mets un zéro à toute la classe !
Les rires continuent moins fort, puis s'éteignent avec quelques hoquets.
Mathilda a ri, elle aussi, mais presque malgré elle.
Alors que le silence retombe, un malaise l'envahit.
Arthur n'a pas cherché à se moquer, il a simplement répondu.
Comme si la réponse allait de soi.
Elle baisse les yeux et se prend la tête à deux mains.
Depuis quelques jours, quelque chose résiste en elle.
Elle repense à cette fameuse journée.
Et si…Et si, ce jour-là aussi, Arthur n'avait jamais voulu lui faire de mal ?
Non. Impossible. Il l'avait humiliée.
Elle en est certaine.
Pourtant, cette certitude lui paraît, soudain, un peu moins solide qu'avant.
Arthur, lui, garde les yeux fixés sur sa copie.
Plus tard, en histoire, on a repris le travail de groupes sur les exposés, mais Arthur participe à peine.
Assis un peu en retrait, il laisse ses camarades discuter sans intervenir.
Mathilda finit par rompre le silence.
– J'ai fait des recherches sur Ibn Battûta. C'était une bonne idée. On peut l’ajouter dans notre exposé si tu veux.
Arthur hoche simplement la tête.
Une larme brille encore au coin de son œil.
Depuis son bureau, M. Damasio observe discrètement la scène.
Quelque chose ne va pas chez Arthur.
À la sonnerie, il laisse les autres élèves sortir.
Lorsque Arthur passe devant son bureau, il lui dit doucement :
– Ne t'inquiète pas pour la convocation de tes parents. Je serai présent.
Arthur secoue la tête.
– Ce n'est pas ça…
Sa voix tremble.
– Madame Tricot en a après moi et je ne comprends pas. Ça me bouleverse, monsieur Damasio. Tout à l'heure, elle a cru que je me moquais d'elle.
M. Damasio ne répond pas tout de suite.
Il pose simplement une main sur l'épaule du garçon.
– On en parlera.
Quand Arthur sort du bâtiment, Yann l’attend, un grand sourire aux lèvres.
– Viens voir Arthur, c’est trop bien !
À la vue de son ami, Arthur se déride un peu.
– Quoi-donc ?
– J’ai créé un groupe sur Insta pour nos cartes et regarde, on est déjà cinquante, j’ai reçu des propositions ; Héros de la fantasy avec Harry Potter, Le seigneur des anneaux…
Il n’en fallait pas plus, Arthur est de retour !
– Merci Yann, toujours là quand il faut.
– Ah oui, au fait, qu’est-ce qu’il te voulait le prof ?
– Juste me dire qu’il me soutiendrait pendant l’entretien avec mes parents, c’est très bienveillant de sa part.

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