Les mots d'Arthur


 Chapitre 5 : les souvenirs oubliés.

M. Damasio a retenu Arthur après la sonnerie. Assis, le dos voûté, le garçon semble sonné. Il lève la tête vers son professeur, les yeux encore humides.

– Écoute… On ne se met pas dans un état pareil pour quelqu'un qui nous est indifférent. Vous vous connaissez bien, Mathilda et toi ?

– Depuis toujours. On est voisins. On est allés à la maternelle ensemble, puis à l'école. On était amis… et puis, un jour, elle a commencé à m'éviter.

– Tu n'as aucune idée de ce qui a pu se passer ?

Arthur resta silencieux quelques secondes.

– Maintenant que j'y réfléchis…

– Oui ? L'encourage M. Damasio.

Arthur fronce les sourcils, comme s'il fouillait dans un vieux souvenir.

– Je crois que tout a commencé après une fête d'anniversaire chez Mathilda. Enfin… je n'en suis pas certain, mais c'est le premier souvenir qui me revient.

M. Damasio hoche lentement la tête.

– D'accord. Ne te torture pas l'esprit aujourd'hui. Les souvenirs reviennent parfois quand on cesse de les chercher. Allez, file, et essaie de penser à autre chose. À la semaine prochaine.

Arthur se lève.

– Au revoir, M. Damasio… et merci de l'intérêt que vous me portez. Je ne suis pas certain d'en être digne. Vous devriez être un parangon pour l'ensemble de votre profession.

Puis il tourne les talons et s'éloigne comme s'il venait simplement de dire : « À lundi. »

M. Damasio reste quelques secondes immobile.

Évelyne s'est trompée.

Arthur ne cherche pas à impressionner les autres. Il parle simplement avec les mots qu'il connaît, sans comprendre que certains appartiennent à un registre de langue qu'on n'utilise presque jamais dans une conversation ordinaire.

Ce n'est pas de la prétention.

C'est une maladresse.


En arrivant chez lui, Arthur a la bonne surprise de trouver Yann assis devant le portail.

– Yann, mon compagnon ! Quelle joie de te trouver céans ! Ta présence me ragaillardit.

Yann leva les yeux au ciel.

– Salut, toi aussi.

Arthur poursuit, imperturbable :

– D'ailleurs, je t'ai déjà expliqué que « compagnon » signifiait à l'origine « celui avec qui on partage le pain » ?

– Oui, oui… sûrement. Mais regarde plutôt !

Il sort trois cartes colorées de son sac.

– Trois nouvelles fiches à remplir. Aujourd'hui, on a Kim Do-Ki, un justicier de fiction coréenne.

Les yeux d'Arthur s'illuminent.

– Grandiose ! Je vais faire des recherches pour lui attribuer des notes !

Il ouvre déjà son portail.

– Viens, prenons une légère collation avant de nous mettre à l'ouvrage.

– Un goûter.

Arthur s'arrête une seconde.

– Oui… un goûter.

Ils éclatent de rire.

À peine entrés dans la maison, Arthur reprend déjà :

– Un justicier… Voilà qui est passionnant. « Justice » vient du latin justitia, mais avant…

Yann lui tend une poignée de céréales.

– Stop. Mange d'abord. Et on ne parle pas la bouche pleine.

Arthur sourit.

– Je parle trop, c'est ça ?

– Mais non, répond Yann en riant. C'est juste que le temps presse. Tu vas voir : Kim Do-Ki est un sacré personnage. Il a tellement de compétences différentes que tu vas passer la soirée à hésiter entre 4 et 5 étoiles.

Arthur attrape la première carte avec l'enthousiasme d'un explorateur découvrant une terre inconnue.

Pour la première fois depuis longtemps, il ne pense plus à Mathilda.


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