Les mots d'Arthur



 Chapitre 4 : M. Damasio

Le conseil de classe se déroule sans surprise.

Mathilda prend quelques notes, intervient rarement. Les félicitations lui sont accordées sans discussion. Même si elle s'y attendait, les commentaires des professeurs lui font plaisir. Elle quitte presque son sérieux habituel en esquissant un discret sourire.

Puis vient le cas d'Arthur.

Son sourire disparaît.

Mme Tricot ajuste ses lunettes avant de prendre la parole.

– Que dire de cet élève... Ses résultats sont moyens dans presque toutes les matières. Quant à son attitude, elle laisse franchement à désirer. Sauf peut-être son ego, qui, lui, est largement au-dessus de la moyenne.

Quelques professeurs acquiescent.

Mathilda retient un sourire.

Exactement. Un prétentieux. Toujours à vouloir montrer qu'il en sait plus que les autres.

M. Damasio, qui n'avait presque rien dit depuis le début de la réunion, lève calmement la main.

– Je vous trouve un peu sévère, Évelyne.

Tous les regards se tournent vers lui.

– Arthur est maladroit, c'est vrai. Il ne sait pas toujours comment entrer en relation avec les autres. Mais ce n'est pas de l'arrogance. En histoire, il me surprend régulièrement. Il possède une culture peu commune pour son âge et, surtout, il sait défendre une idée avec des arguments. C'est devenu rare.

Mme Tricot hausse les épaules.

– La culture ne fait pas tout.

– Non, répond simplement M. Damasio. Mais elle mérite qu'on s'y intéresse.

Alors qu'il poursuit son intervention, son regard croise celui de Mathilda.

Elle s'est raidie.

Ses doigts serrent son stylo avec une telle force que ses jointures blanchissent.

Tiens...

Il y a autre chose.

Le principal tranche avant que la discussion ne s'éternise.

– Bon. Arthur a déjà reçu un avertissement de travail et ses résultats ne progressent pas. Je vais convoquer ses parents pour faire le point. Si vous le souhaitez, M. Damasio, vous pourrez assister à l'entretien.

Le professeur acquiesce d'un signe de tête.


Quelques jours plus tard.

– Bien.

Un simple mot.

Il n'a jamais besoin de hausser la voix. Avec M. Damasio, les cours commencent naturellement. Les élèves l'écoutent parce qu'ils ont envie de l'écouter.

Il ne se considère pas comme un professeur particulièrement talentueux. Il pense seulement avoir de la chance. Pourtant, il possède cette qualité rare de rendre n'importe quel sujet vivant.

– Vous allez préparer un exposé sur les grands explorateurs. Les groupes sont déjà faits.

Un soupir collectif traverse la salle.

– Et avant que quelqu'un ne demande... non, on ne change pas les groupes. Je les ai composés moi-même.

Quelques protestations s'élèvent déjà.

– Monsieur, s'il vous plaît...

– Nous aussi...

– Non.

Il sourit.

– Je vous demande de travailler ensemble, pas de partir en vacances. Les groupes sont homogènes, chacun apportera quelque chose. Maintenant, au travail.

Mathilda baisse les yeux sur la feuille distribuée.

Inès.

Yann.

Arthur.

Formidable.

Pendant qu'elle rumine, Arthur est déjà ailleurs.

Les grandes découvertes...

Le livre emprunté à la médiathèque la veille lui revient immédiatement en mémoire. Ses yeux s'illuminent.

À peine les quatre élèves sont-ils réunis qu'il pose son cahier au milieu de la table.

– Voilà un sujet qui me rend allègre, fait Arthur joyeusement. J'ai une idée ! On pourrait parler d'Ibn Battûta. C'était un explorateur marocain du XIVᵉ siècle. Il a parcouru plus de cent vingt mille kilomètres ! C'est extraordinaire pour son époque. En fait, il...

– Tu ne peux donc pas t'en empêcher ?

Arthur s'interrompt.

– Pardon ?

Mathilda le fixe.

– Toujours pareil.

Le silence tombe autour de la table.

– Il faut toujours que tu montres que tu sais plus que les autres.

Arthur cligne des yeux.

– Mais... je voulais juste...

– C'était déjà comme ça en CE2.

Cette fois, même Yann et Inès cessent de parler.

Arthur fronce les sourcils.

– Je ne comprends pas… je ne suis pas hâbleur

– Évidemment que tu ne comprends pas, et arrête avec tes mots de frimeur

Sa voix tremble davantage de colère que de haine.

– Tu ne te souviens même pas de ce que tu fais aux autres.

Arthur reste figé.

– Mme Tricot a raison. Tu ne t'intéresses qu'à toi.

Le visage d'Arthur se vide de ses couleurs.

Il ouvre la bouche, mais aucun son ne sort.

Il regarde Mathilda comme si elle venait de parler une langue inconnue.

Puis ses yeux commencent à briller.

Ce n'est pas de la colère.

C'est de l'incompréhension.

Au fond de la salle, M. Damasio a assisté à toute la scène.

Et, pour la deuxième fois en quelques jours, une certitude s'impose à lui.

Il existe une histoire entre ces deux enfants.

Une histoire que personne, visiblement, ne connaît.


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