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La vie est belle.

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 Hommage discret à Hervé Covès. Le monastère se trouvait à l'écart d'un petit village, au pied d'une colline couverte de chênes et de pins. Depuis plusieurs siècles, les frères y vivaient au rythme des saisons, des offices et du travail de la terre. La bibliothèque occupait une ancienne aile du monastère. On y conservait des manuscrits vieux de plusieurs centaines d'années, des livres plus récents, des carnets, des correspondances et toutes sortes de documents dont personne ne savait parfois très bien pourquoi ils avaient été conservés. Frère Matthieu en était le bibliothécaire. Il avait vingt-huit ans. Enfant, il avait toujours eu du mal avec l'idée que le monde puisse appartenir à quelqu'un. Il remettait dans le jardin les insectes trouvés dans la maison au lieu de les écraser. Il pouvait rester longtemps à observer une fourmi transporter une miette, un oiseau dans un arbre ou les premières feuilles apparaître au printemps. Plus tard, il avait découvert Fr...

La mémoire du luth.

 On disait que le luth venait du Sud, mais personne n’était d’accord sur le Sud exact. Certains parlaient d’un atelier de Cordoue, à l’époque où les cours mêlaient mathématiciens, poètes et musiciens sous des plafonds décorés. D’autres juraient qu’il avait été façonné bien plus tôt, quelque part entre le sable et le vent, dans une ville disparue du Levant, là où les nuits sont tièdes et douces . Le bois, en tout cas, n’avait jamais vraiment oublié. Il avait vibré sous des doigts parfumés d’ambre, dans une maison aux murs blanchis à la chaux. Il avait accompagné une voix grave qui chantait l’exil et les jardins perdus. Plus tard, il avait traversé la mer, serré dans un coffre de marchand, et s’était retrouvé dans une ruelle étroite où l’on parlait une autre langue, plus sèche, mais tout aussi colorée. En Valence, il avait appris les fêtes, les nuits sans sommeil, les mains calleuses et joyeuses. Il avait perdu une corde, gagné une fêlure, mais il avait résisté. Puis encore une ...

Le père et la mer.

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  Le prêtre n’avait pas encore quitté le port que déjà, il pâlissait. – Fixez l’horizon, mon père. Pas vos chaussures. – J’essaie… mais il bouge. – C’est vous qui bougez, pas lui. Le marin esquissa un sourire. Il avait vu ça cent fois. Le prêtre, lui, regrettait déjà la stabilité de son église. – Respirez doucement. Et évitez de penser. – Éviter de penser… voilà un conseil que je ne donne pas souvent. Le marin ricana. – Sur la mer, vos idées ne servent à rien. Le prêtre ferma les yeux un instant. – C’est bien ce qui m’inquiète. Le ciel changea sans prévenir. Le vent se leva comme une porte qu’on claque. Puis la mer prit toute la place. Le marin ne souriait plus. – Accrochez-vous ! Le bateau grinçait. Chaque vague semblait vouloir l’effacer. – Ça… ça va passer, hein ? lança le prêtre, entre deux secousses. Le marin ne répondit pas tout de suite. Ses gestes étaient précis, mais son regard avait changé. – Je… j’en ai vu d’autres. Une vague plus forte que les autre...